jeudi 28 août 2014

Masshysteri, ou pourquoi maintenant Youtube m'envoie des pubs en suédois


Tout a commencé en 2007, me rendant à un festival dans la Bretagne profonde, je me retrouve ébahi devant la nullité d'un concert de Mass Hysteria, qui reste encore pour moi une référence en matière de concert de mauvais goût...

En réalité tout a commencé il y a quelques mois quand j'ai entendu Losing to the Dark de La Sera sur Stereogum. Je ne m'étais jamais intéressé à sa musique jusque là, ni en solo, ni avec les Vivian Girls (dont j'ai pourtant un album en sommeil dans mon disque dur depuis des lustres), j'ai pourtant succombé bien vite sur tous les plans. Et par le biais des mix Youtube, ne voilà-t-il pas que je tombe sur une vidéo des Vivian Girls chez un disquaire, où après quelques démonstrations de bon goût, Katy Goodman présente un album de Masshysteri. Étant donné la proximité avec le nom de nos imbuvables rockeurs hexagonaux, je me suis vite intéressé à ces punks suédois (dixit Wikipédia).

Si le groupe est aujourd'hui défunt et ses albums difficiles à trouver, obtenir ceux-ci de manière plus ou moins légale (personne ne vous a indiqué ce lien vers Vår del av Stan, leur premier album) vaut le coût, ne serait-ce que pour entendre des suédois, chanter pour une
fois en suédois.
Et quand on goûte l’efficacité de cette langue, on en vient à se demander ce qui a poussé Pelle, Peter, Bjorn, John ou encore les Sahara Hotnights (pour caser plusieurs groupes du top 10 de mes pires concerts dans le même article) à l'abandonner.
Il faut avouer que ne rien comprendre permet d'apprécier pleinement un punk-rock à l'énergie pure, comme quand on était encore mineurs et qu'on s'en battait les couilles de la production, de savoir si la batterie jouait autre chose que boom boom tchack, quand un album pouvait utiliser de bout en bout la même harmonie entre la voix masculine et féminine, on s'en rendait à peine compte.

Écouter Masshysteri c'est revenir à pourquoi on écoutait du rock à la base. On s'en foutait des textes et on pouvait bien chanter "Go go go j'ai bu le soda !" (Botten Är Nådd) ou "Donc qualité haut la musique ! ha !" (Dom Kan Inte Höra Musiken) sans réfléchir au sens de tout ça.



En bref, rien de nouveau mais j'avais envie de te parler quand même. Et si jamais tu veux du neuf, tu peux écouter Hour of the Dawn de La Sera, pour constater qu'elle n'a pas seulement bon goût.



mercredi 26 février 2014

Running from a lucky past

Dans la collection "retour en 2005", je vais reparler de Maxïmo Park.

Si à la sortie de leur premier album, personne n'avait crié au génie (à raison d'ailleurs), s'y replonger aujourd'hui donne l'occasion d'admirer des compositions calibrées qui ont bien mieux vieillies que celles d'autres groupes plus huppés à l'époque.

Sur leur deuxième essai, le groupe parvenait à faire encore plus tubesque, mais soulevait ses premiers problèmes, dont on peut trouver évocation dans le "I'm not a man, I'm a machine" de Our Velocity : qui de l'homme ou de l'électronique prendra le dessus ? Après l'excellente défense de l'album sur scène, on avait bien envie de répondre l'homme, mais le groupe s'était perdu dans la machine par la suite : il y avait peu de choses à sauver de Quicken the Heart, et même du point de vue scénique il manquait quelque-chose. Tant et si bien que j'avais complètement ignoré le 4ème album (il faut dire que le faux clip maison de Hips and Lips, à base de poupées gonflables ne donnait pas spécialement envie) et le solo de Paul Smith.

Mais ça c'était avant de tomber sur Leave this Island, qui parvenait à retrouver un équilibre avec une voix plus posée et des envolées synthétiques qui ne sonnaient pas hors de propos pour une fois, même le Brain Cells sans guitare en face B sonnait vrai. Je me suis donc dirigé vers Too Much Information malgré sa pochette hideuse (de ce point de vue là, la baisse de qualité est constante depuis le premier album).

L'album est une réussite, ce n'est plus du "à toutes berzingues" de bout en bout mais les temps forts et faibles du disque sont parfaitement maitrisés, la voix de Paul Smith parfaitement placée de bout en bout et c'est vraiment cette souplesse vocale qui porte l'album. My Bloody Mind est l'exemple parfait de cette impressionnante souplesse : car savoir changer de registre en cours de morceau pour un groupe est une chose, pour le chanteur, réussir à suivre en est une autre, et pourtant ce bon Paul s'en sort à merveille !

Même si l'album s'avère quelque peu inégal (la face A est un bon cran au dessus), il signe un excellent retour de la part d'un groupe qu'on aurait pu croire perdu.

They say that the world was built for two, ou comment je n'ai rien compris à Fauve

J'aime le débat, les choses qui ne font pas l'unanimité, et en général j'aime donner mon avis, tranché ou non (en général tranchant) sur le sujet, même si c'est rarement sur ce blog (à l'exception peut-être de mon article d'il y a deux ans sur la fermeture de Megaupload). Et si il y a un groupe qui fait débat et ne laisse pas indifférent ces derniers temps, c'est bien Fauve.

Ma découverte du groupe remonte à environ un an. Comme beaucoup, la première écoute des Nuits Fauves a déclenché une grosse curiosité, je n'avais pas mordu à l'hameçon pour d'autres avant eux qui avaient joué la carte de l'indépendance : pas de presse, pas de label, mais là, leurs références rap et foot m'avaient eues au moins temporairement, parce que si la musique intrigue très vite, elle lasse rapidement aussi.

Au moment de la sortie de l'EP, je prévoyais un article que je n'ai jamais écrit opposant deux aspects développés sur sa vingtaine de minutes. D'une part le groupe était un peu aux adolescents ce que Marc Lévy est aux ménagères : un contenu pas éblouissant et chargé de poncifs mais auquel on ne reproche rien parce qu'il les fait se sentir mieux (et avec le trou de la sécu, tout ce qui réduit le nombre de consultations de psychologues et la consommation d'anti-dépresseurs est bon à prendre). D'autre part, l'album se conjuguait vraiment au pluriel, avec un franc encouragement aux auditeurs : Osez !

J'avais des éléments de compréhension, mais au fond, il m'en manquait énormément, et ça, je l'ai constaté juste avant la sortie de l'album : j'ai fêté mon anniversaire que je partage avec ma cousine, de six ans ma cadette. On s'entend à merveille, mais force est de constater que ce n'est pas grâce à nos goûts communs en matière de musique : elle a assisté au concert des Jonas Brothers et m'a offert un poster de Justin Bieber, auquel elle reste fidèle malgré ses frasques, tout comme à Miley Cyrus. Du coup quand elle m'a dit qu'il fallait que je retrouve un boulot à Paris, et par extension, un logement là-bas d'ici mai, la dernière réponse que j'attendais à mon "Pourquoi ?" était bien entendu "Pour m'héberger pour le concert de Fauve".
D'un seul coup, ma sous-estimation complète de la portée du groupe éclatait au grand jour. Il faut bien avouer que j'avais déjà eu des surprises sur Facebook : ça ne me viendrait pas vraiment à l'esprit d'inviter mes différents amis fans du groupe à une même soirée.

En réalité, malgré une musique pas évidente d'accès et en décalage avec la pop aussi bien francophone qu'internationale, Fauve a une visibilité énorme qui leur permet de s'inscrire dans l'exception culturelle française mais avec une transversalité assez rare. Une chose est sûre : le fait que leur musique draine un public d'influences aussi diverses, tout en étant à ce point éloignée des conventions ne peut qu'annoncer du positif, et ce sans même parler d'apprécier les chansons.

Les chansons, parlons-en justement, il y a deux degrés d'écoute : au casque pour constater l'efficacité instrumentale, sans trop d'originalité mais avec des lignes de basse entêtantes. Ce premier degré est vraisemblablement assez peu privilégié face au second : l'écoute avec un système d'enceintes bien mais pas trop énorme, voir avec un portable, qui oblige à se concentrer sur le texte, et c'est là que ça se mitige, avec certains passages où l'on s'attend d'un moment à un autre à entendre le mot aware, tant ils font penser aux élucubrations de Jean-Claude Van Damme. Le côté "brut de décoffrage" du texte emprunté au fauvisme peut vite lasser, mais surtout, l'adhésion suppose d'accepter l'existence de certains concepts comme celui d'âme sœur, en filigrane sur une partie des morceaux. Il faut avoir choisi comme protection face à l'adversité, l'idéalisme qui ne censure pas mais incite à la passivité, plutôt que le cynisme qui pousse à ne compter que sur soi-même pour avancer. Car cet album exprime un idéalisme quasi-sectaire, et divise donc autant qu'il rassemble des gens que l'on n'imaginait pas rassembler.

Reste donc à voir ce que deviendra le groupe : parviendra-t-il à gérer un public aussi diversifié ? Et qu'est ce que deviendra ce public ? les portes s'ouvriront-t-elles pour ceux parmi eux qui créent, et oseront-ils les enfoncer ?

lundi 3 février 2014

Handle with care

J'ai toujours eu plein de bonnes excuses pour ne pas écrire d'articles j'en ai manqué pour cet énième article de retour.
Pourtant j'étais en recherche d'emploi, je manquais donc quelque peu d'excuses, et pourtant j'ai bougé un peu, j'ai revu les Sparks et Wire à Paris, j'ai vécu mon festival des Inrocks à la plus haute moyenne d'âge dans le public à Nantes et j'ai suivi Anna Calvi dans sa tournée des villes moisies en allant jusqu'à Angers (ville où, au passage je passe les premiers mois de 2014, et qui doit encore me convaincre de sa qualité culturelle, parce qu'une ville qui met des enceintes pour diffuser de la soupe dans son centre-ville, y a comme un problème ...). J'ai aussi pris de vraies vacances, pour la première fois depuis plus d'un an, ce qui va m'amener à la suite de l'article.

Car l'idée de cet article, c'est de parler, parmi toutes les soirées que j'ai vécues ces derniers mois, de celle où je me suis retrouvé quelque-part entre l'Europe de l'Est et Leipzig, à Berlin.
En tant que monomaniaque convaincu, je suis allé voir sur LastFM ce qu'il se passait, et l'occasion s'est présentée de rattraper mon passé avec les Wave Pictures, dans cette même ville.
En effet, si techniquement, j'avais déjà vu le groupe lors d'un festival magique ici même, dans les faits, le charme sombre des maturités estivales, associé à l'ambiance au top niveau de la night (ouais, j'associe Verlaine à Willy Denzey sans aucun scrupule) m'avaient amenés à boire un peu plus que de raison ce soir là, et avaient de ce fait pas mal limité mes souvenirs du concert. Revenir sur les lieux du crime pour revoir le groupe à plus de 50% de mes capacités, ça n'avait pas de prix (et puis, même au guichet c'était pas bien cher).



La première partie, sur laquelle je vais m'étendre, Skiing, est du cru, on sent d'ailleurs qu'ils ont des potes dans la salle, et la montée sur scène de ma voisine de fosse, que j'avais particulièrement soupçonnée (Susanna du groupe Brabrabra, pour la petite histoire), m'a confirmé la qualité de mon instinct en la matière.
On sent dans leur musique une assez importante influence Game Theory (ou alors c'est juste que ça m'a marqué puisque c'est aussi une de mes découvertes de ces derniers mois ...), autant dans la voix de fausset que dans le son de guitare. Mais ce qui marque c'est la recherche dans le jeu, terme qui doit ici être compris aussi bien dans son sens technique que ludique : on a parfois l'impression de voir des enfants se dire : "tiens, et si je fais ça, ça donne quoi ?", sauf que toutes ces expérimentations servent la musique sans divergences, tant elles s’inscrivent dans une composition de qualité.

De mes vagues souvenirs concernant le premier concert , je me souvenais quasi uniquement d'avoir chanté Spaghetti et Seagulls, sur l'album Long Black Cars. Ces souvenirs devaient au moins être de qualité, puisque le concert commence avec le dit Spaghetti, la suite fait regretter les souvenirs parcellaires : les titres de Long Black Cars fonctionnent tous à merveille, que ce soit Stay Here & Take Care of the Chickens, My Head Gets Screwed On Tighter Every Year (mon boulot en ce moment c'est de faire rentrer des articles dans une limite de caractères assez pesante, donc quand je peux sortir des titres de chanson à rallonge à côté, j'en profite !), ou encore Give Me A Second Chance, l'un des titres où le groupe lâche son arme secrète : le batteur chantant !
Même si les morceaux du dernier album sont un peu en deçà du reste, l'engagement total du groupe est partagé avec le public : les frissons montent au moment où toute la salle reprend en chœur le refrain de Strange Fruit For David.

Un concert qui laisse donc heureux, avec quelques regrets toutefois, parce que ça aurait même pu être la deuxième vague de souvenirs, donc retenez bien la leçon les enfants : même si l'ambiance s'y prête, consommez toujours avec modération !



dimanche 8 septembre 2013

Back to the Future : récidive

8 septembre 2005 :

Le titre Fireman qui a commencé leur concert de juillet dernier sur la place de la République à Paris et qui constitue également l'ouverture de Sequel to the Prequel ne peut laisser aucun doute : les Babyshambles sont de retour avec la furie et la foi.

Ce qui fait plaisir, c'est de voir que quelques mois après la fin des Libertines et après divers séjours en prison, Pete Doherty a réussi à faire les bons choix : proposer une énergie punk, mais sans sacrifier pour autant la production en proposant quelque-chose qui ne ferait pas vraiment justice au titre solo de Pete, comme la production de Mick Jones, parfaite pour la fougue des Libertines mais qui aurait pu nous laisser circonspects. On n'ose pas pour autant imaginer une production trop fine, qui en voulant trop complexifier le son perdrait les chansons pour donner un résultat trop linéaire et vraisemblablement ennuyeux.

Ainsi, l'énergie explose sur Fireman, précédemment cité, sur Maybelline ou encore Picture me in a Hospital, mais le passage à des morceaux plus calmes comme New Pair ou Penguins se fait assez bien.
D'autre part le groupe parvient aussi à aller chercher des influences autre part, plusieurs titres, Dr. No en tête de file vont piocher allégrement du côté du reggae, mais l'ensemble reste cohérent, car le groupe le fait à sa façon, là où on aurait pu s'attendre au pire connaissant un peu Pete : pourquoi pas tiens un ex-codétenu en featuring ?

Et puis il y a Cuckoo, morceau brillant qui parvient à faire un patchwork des différents éléments qui constituent l'album, et qui nous convainc si besoin était encore.

Cet album annonce donc un bel avenir à Pete Doherty et aux Babyshambles.





8 septembre 2013

Le titre Fuck Forever, qui a mis fin à la vingtaine de minutes du  concert de juillet dernier sur la place de la République à Paris ne peut laisser aucun doute : les Babyshambles n'ont plus grand chose à dire, et d'ailleurs ils nous emmerdent.

Ce qui fait plaisir, c'est de voir qu'on n'avait pas totalement raison en affirmant ça ce soir là.

 On ne va pas non plus se voiler la face : ce Sequel to the Prequel est très loin d'être à la hauteur de ce que l'on pourrait attendre du troisième albm d'un groupe dont le leader a presque 15 ans de carrière derrière lui.

Après, ce disque a le mérite de ne pas tomber dans les travers de ses prédécesseurs : on échappe à la production finie au pétard de Mick Jones sur Down in Albion, ou à la repentance fade de Shotter's Nation.
L'album est diversifié et plus direct, mais très franchement, pas grand chose de marquant à part la perle Cuckoo, le seul titre des Bumfest Demos de 2006 qui n'avait pas encore été porté sur album : une ballade lunaire mais lucide, qui prend des envolées toniques, le temps d'un interlude plein de guitares saccadées et de "oh yeah".

Et c'est à ça qu'il va falloir s'habituer avec Pete Doherty, Babyshambles, et même avec un hypothétique retour des Libertines : des albums mi-figue, mi-raisin avec un titre un peu au-dessus du lot de temps à autre.

Si j'ai envoyé cet album à mon alter-égo de 2005, c'était pour que quelqu'un puisse s'ébahir un peu dessus, parce qu'en tant que premier album, ce disque aurait annoncé de bonnes choses, en tant que troisième, il nous indique le standard auquel on pourra s'attendre dans les années à venir, et ça casse pas 3 pattes à un canard ...

lundi 3 juin 2013

Tralala


Animal Collective tralala jamais deux sans trois etc. (mon intro la plus courte à ce jour)

Pour un certain nombre de fans leurs concerts sont meilleurs en ce moment qu'ils ne l'ont jamais été, après coup, difficile de leur donner tort : le groupe ne se cantonne pas à rejouer la set-liste de la veille, ne se sent pas obligé de ressortir du Merriweather Post Pavilion aux moments les plus inopportuns et inaugure sur scène un certain nombre de titres oubliés jusque-là.

C'est le cas de I Think I Can qui ouvre le concert, l'EP Fall Be Kind n'avait pas été tourné et c'est fort dommage tant la chanson apparaît évidente pour lancer un set de la meilleure des façons, puis une transition maitrisée, qui ne s'étend pas inutilement comme ce fut le cas lors des premiers concerts post-Centipede Hz. mais nous distille petit à petit des éléments indiquant Did You See The Words? à venir. Toutes les transitions du concert seront à la hauteur.
Un Father Time très faible (là encore à la hauteur, puisque c'est le titre le plus faible de Centipede Hz.) marque la fin d'une première partie doucement introductive.

Doucement parce que la première explosion de violence ne se fait pas attendre avec un enchaînement Honeycomb/Moonjock, pleins d'une certaine agressivité qui transpire sur Wide Eyed et Pulleys, ce dernier titre est comme d'habitude, beaucoup plus allongé que sur album, et c'est après s'être étendu sur un long instrumental que sa reprise fait passer encore au degré de violence supérieur, un degré comme on n'en a encore jamais rencontré dans un concert du groupe.

Groupe que l'on a par ailleurs rarement vu aussi déchaîné : Panda Bear, totalement emporté derrière ses fûts n'assure plus qu'une partie des chœurs et Deakin décroche sa basse (autre nouveauté du concert) pour un What Would I Want? Sky complétement réinventé qui nous permet de nous extasier pleinement de la capacité de renouvellement qu'a ce groupe.
C'était la seconde fois que je voyais cette chanson jouée en concert, la première c'était pendant la tournée Merriweather Post Pavilion, avant son enregistrement en studio. Le groupe ne comptait alors que 3 membres, chacun postés derrière des machines de manière à ne pas se voir, la piste était longue et vaporeuse. Ici le même morceau devient groovesque et entraînant, je crois n'avoir jamais entendu deux versions aussi différentes d'une même chanson par le même groupe, la seule similitude étant la projection d'image sur des structures gonflables.
Cette agressivité extrêmement positive est ensuite utilisée à merveille pour un Peacebone qui nous laissera béats et au cours duquel Avey Tare viendra occuper l'espace central de la scène, en passant tout de même plus de temps tourné vers le reste du groupe que vers nous, mais le bris d'habitudes est louable.

Après un gâteau d'anniversaire, l'introduction du rappel, par ses accords légèrement croches ne peut nous annoncer que Today's Supernatural, là encore, engagement supernaturel du groupe. Et puis Brother Sport. Ils jouent ce titre depuis environ cinq ans mais semblent prendre toujours autant de plaisir à le tordre, jouer avec ses longueurs, et avec ses transitions toujours. Ce morceau est à la fois un cri de ralliement et un laboratoire.
Et tout rallié que j'étais, il ne manquait qu'une chose pour me combler : ma première chanson du groupe, dont la présence sur les set-listes récentes avait été ma raison numéro un de me rendre à ce concert : The Purple Bottle, dans sa version "interdite sur album" car empruntant quelques lignes à I Just Called To Say I Love You de Stevie Wonder.
La version live n'est que perfection, dont chaque reprise nous fait bondir plus haut, et là encore le travail est impressionnant : tout en gardant ce son agressif propre à la tournée et qui apporte un énorme dynamisme, des notes de clavier très soul parviennent à ressortir, et puis au cas où la qualité du concert fourni ne nous aurait pas convaincus, Avey Tare nous épargne l'euphémisme de la version studio pour nous dire, non pas qu'il nous apprécie mais qu'il nous aime, avant de nous laisser les jambes tremblotantes d'avoir vécu un final aussi débordant de bravoure.

En conclusion, bien que ça ne soit pas particulièrement grâce aux chansons de Centipede Hz., temps les plus faibles du concert, le groupe livre en ce moment des lives parmi les plus aboutis qu'il m'ait été donné, aussi bien d'entendre en bootleg que de voir en direct.

samedi 25 mai 2013

Qui est partant pour une métaphore ?

Il arrive que, avec ou sans raisons, on s'imagine qu'on ne verra jamais un groupe en concert. C'était mon cas, de manière relativement cohérente concernant Pulp, ça l'était aussi concernant les Sparks, jusqu'à ce que j'apprenne leur date assez unique à Paris hier soir. Je ne crois pas t'avoir dit à quel point j'aimais les Sparks, réponse en 10 bonnes raisons :

1) Il sont étincelants ! (ça c'est pour me débarrasser de la blague d'entrée)



2) Ils montrent qu'on peut être frères et avoir un groupe qui dure, prenez ça Oasis, les Black Crowes, Tokio Hotel et les Hanson !


3) Ils ont su traverser toutes les époques, et même les années 80, toujours avec un temps d'avance et une ironie mordante : images :


4) Ils ont inventé le disco. Mais malheureusement tout ce qui s'est fait n'a pas été à la hauteur de N°1 Song In Heaven


5) Ron Mael a bien failli redonner ses lettres de noblesse à la moustache hitlerienne, et ils ont même écrit une chanson dessus :


6) Ils sont polyglottes, Russell s'exprime dans un français tout ce qu'il y a de plus correct et on entend fréquemment plusieurs langues sur leurs chansons, toujours pour le bon goût, comme sur Upstairs


7) Ils font des chansons extrêmement classes sur des gens connus : That's Not Nastassia, Excerpts from The Seduction of Ingmar Bergman, et puis Lighten Up Morrissey


8) Leurs chansons sur des inconnus se défendent aussi très bien d'ailleurs


9) Ils ont réalisé avec Propaganda le meilleur album-opener de tous les temps


10) On leur doit le meilleur moment de l télévision française (merci Guy Lux)


Et donc j'ai vu les Sparks vendredi, après une attente assez longue et inédite pour moi (là où tout le monde indique sur le billet une heure à la fois 30 minutes après l'ouverture des portes et une demi-heure avant le concert, la Maroquinerie te feinte en indiquant 30 minutes avant l'ouverture) dans une file d'attente pleine de profils différents : tous les âges et styles sont représentés. Avant même d'entrer, l'aspect trans-générationnel du groupe apparaît.

En découvrant la Maroquinerie, la première chose à laquelle on est confronté c'est la boutique où l'on entend presque ce genre de conversation (un bon point pour qui a la référence) : "Wah, 30€ le T-shirt, même les plus chers que j'ai vus ils étaient qu'à 25" "Et là, le Picture Disc à 40€ ! Imagine que quelqu'un en veuille vraiment".

Enfin bref, l'installation du groupe est celle de la tournée Two Hands, One Mouth" qu'on a pu entendre sur l'album live sorti récemment.
Et c'est peut-être ce qui est un peu dommage : toute la set-liste, à l’exception d'un Angst In My Pants, génialement méconnaissable est extraite du disque, et rejouée à l'identique, au commentaire entre les titres près.
Ceci dit, la virtuosité, que ça soit au clavier ou au chant convainc, et quand bien même, l'essentiel est ailleurs, c'est l'occasion de profiter du jeu de scène impressionnant de Ron Mael, qui joue au méchant depuis tellement longtemps que son sourire à la fin du concert laisse toujours un semblant de doute sur les possibles mauvaises intentions derrière ses regards noirs fixes. Sans qu'elle saute aux yeux d'entrée, on se rend bien compte que l'alchimie entre les deux frères est maximale : pour reprendre leurs bons mots : ils sont réellement deux mains et une bouche.

Et même si on s'y attend, on vibre sur The Rhythm Thief, on rit sur The Wedding of Jacqueline Kennedy to Russell Mael, on sautille sur Suburban Homeboy et on pleure sur When do I get to sing "My Way"?.

Et puis vient le rappel : ils nous annoncent un invité spécial, pas de grosse surprise étant donné qu'elle a été aperçue dans la salle : il s'agit de Catherine Ringer pour Singing in the Shower. Malheureusement on l'entend à peine, peut-être un micro réglé trop bas (Russell a demandé plusieurs fois à ce qu'on augmente le sien), peut-être une voix affaiblie par l'émotion (on croit apercevoir des larmes perler au coin de ses yeux).
La suite du rappel donne l'occasion au groupe qu'on peut avoir été précurseur et savoir rester dans la course : N°1 Song in Heaven et Beat the Clock sont gonflées aux hormones électroniques qui nous vaudront même des pas de danse de la part de Ron avant un Two Hands, One Mouth attendu mais parfait, puis un discours plein de franchise de Ron qui finit de nous convaincre que le groupe est véritable et à part.