samedi 13 avril 2013

Délicieux décibels désuets

Il me semble que j'avais un jour écrit ici que j'en avais fini avec tous les disques qui laissaient trop de place à l'excès de décibels. J'avais même du faire un serment, c'était peut-être pour 2013, ou alors 2012 ou 1997, je ne sais plus vraiment.

Mais une fois de plus, heureusement que je ne me suis pas écouté, car j'aurais alors coupé X'ed de Tera Melos après quelques minutes d'écoute, sans me douter que derrière ces poussées sonores intempestives pouvaient se cacher finesse et intelligence.
Une fois de plus toujours, j'en rajoute il est vrai un petit peu, avant les explosions et le final en larsens, Weird Circles commence comme du math-rock, et bien que j'aurais aussi pu lâcher au début de New Chlorine, j'étais en réalité déjà accroché.
Oui, en réalité cet album emporte, à la manière de curieux cercles justement, on subit une certaine hypnose erratique sous l'effet de l'association de cette nappe répétitive et d'inserts gorgés de bravoure. Si bien que si le fond, par sa régularité nous rappelle souvent son existence, on a clairement l'impression d'écouter un disque sans aucune ligne de conduite, alors que, d'un bout à l'autre, la direction est maitrisée.

À ce jeu là, Sunburn est un exemple parfait : le travail, tant sur les changements de rythmes que d'intensité, est remarquable.
Cet album développe une énorme puissance pour te tirer dans un sens et te pousser dans l'autre en même temps. Clairement, un disque comme ça, on l'écoute.

Et tu peux commencer par Melody 9, qui fait lui aussi tous les trucs dont je t'ai parlé, mais en pire, live oblige.

mardi 26 mars 2013

Un disque qui dit "allez tous vous faire foutre"


Pour peu que tu me lises depuis un certain temps, je pense que je ne t'apprendrais rien en te disant que les Strokes sont un de mes sujets de prédilection.

Rien d'étonnant donc, à ce qu'avec la sortie de Comedown Machine je revienne à la charge.

Cet album est de loin le plus intéressant du groupe, puisque c'est le premier à faire réellement débat. Si les 3 premiers avaient plus ou moins fait l'unanimité, pas toujours pour les bonnes raisons, une sorte de consensus mou s'était dégagé autour d'Angles. Ici il n'en est rien : il va peut-être enfin y avoir de la vraie bagarre !

Comme pour Angles, la comparaison avec les 3 premiers disques n'a aucun sens, mais là où le disque se différencie de son prédécesseur, c'est que si ce dernier semblait accidentel, Comedown Machine est totalement assumé.
On est en 2013, 12 ans après 2001 (j'ai fait des études scientifiques), et les Strokes nous disent enfin : "Nous ne sommes plus le groupe du retour du rock, et peut-être qu'on ne l'a jamais été. Alors écoutez ce disque, ou ne l'écoutez pas, mais foutez-nous la paix !", à des kilomètres de l’exaspérant : "On est désolés, on ne sait plus trop qui on est."  d'Angles.
Si il fallait utiliser un seul mot pour résumer cet album, ce serait donc assumé. On peut ne pas apprécier l'évolution vocale de Julian ou encore son goût de plus en plus prononcé pour les claviers dégueulasses, mais au moins, on sent que le groupe n'essaye pas de nous faire croire que non, rien n'a changé comme sur Undercover of Darkness. Cette fois-ci, le premier extrait ne laissait aucun doute : aucune brigade du bon goût n'allait les dicter pour les empêcher de (exemple pris totalement au hasard) prendre une sonnerie de Nokia et en faire une ligne de clavier. Le pire c'est qu'aussi atroce a pu paraître One Way Trigger quand il est apparu, il s'avère qu'une fois placé dans le contexte de l'album, il devient presque appréciable. Dans un sens c'est peut-être le premier album des Strokes qui soit autant un album : pris individuellement, la majorité des titres passerait plutôt mal alors que l'album en entier est suffisamment cohérent pour se laisser écouter sans problèmes, et ce, sans rien sacrifier sur l'autel de la diversité. Et ça, on peut ne plus aimer le groupe, il est difficile d'affirmer que de ce point de vue là l'album n'est pas réussi.

Comme à chaque fois avec les Strokes, on ne tient ni l'album de l'année, encore moins celui de la décennie (oui, parce qu'à un moment il va falloir arrêter de sur-évaluer Is This It ? pour dévaluer tout ce que le groupe a fait après), mais il serait de mauvaise foi de parler de raté sur toute la ligne : un disque qui dit aussi remarquablement "allez tous vous faire foutre" est tout sauf raté.

dimanche 10 mars 2013

You'll never be 19 again


Dans ma dernière revue de concert, ce que j'évoquais, outre le fait que je n'aimais définitivement pas l'évolution de la carrière d'Eugene McGuinness, c'était aussi que parfois, on se dit qu'on ne voit pas forcément les concerts au bon moment : on aurait sûrement plus apprécié de voir tel groupe au moment de son premier album, ou encore on aime mieux les versions retravaillée de certaines chansons, qu'on n'a malheureusement pu voir qu'en vidéo.

Une solution efficace pour s'épargner ces éventuels regrets, c'est d'aller voir Pete Doherty. Ce que j'ai fait ce samedi, après quelques hésitations, c'est finalement le "OK, son album solo ne t'a absolument pas convaincu, mais pense au toi d'il y a 5 ans qui avait planifié un aller-retour Nantes-Paris pour aller le voir, mais qui avait été déçu de l'annulation. Et puis entre nous, hier soir tu as failli te faire renverser par une voiture, et casser la gueule 2 fois, c'est peut-être pas plus mal si tu t'éloignes un peu de Montpellier aujourd'hui" (oui, j'ai en général des pensées simples et claires).

Comme j'aime bien parler salles, je vais commencer avec Paloma, puisque pour le coup c'était la chose la plus récente de la soirée. Sa disposition est un peu surprenante puisqu'elle paraît plus large que longue. Le son était relativement moyen, je ne sais pas si c'était du à un travail passable des ingé son ou à du matériel de piètre qualité (on pouvait entendre les amplis siffler entre les chansons), cela dit l'ambiance est chaleureuse, et donne envie de rester pour un peu plus longtemps que le concert puisqu'on peut manger et le bar extérieur séparé de la salle n'est pas sans rappeler le concept du "bar du bas" du toujours regretté Olympic.

Une fois n'est pas coutume je passerais en vitesse sur l’embarrassante première partie : The Circles. Pas très originaux, pas assez concis dans leurs compositions et pas du tout à l'aise.

L'installation scène de Pete Doherty est impressionnante : un micro, une guitare, deux amplis ... deux bouteilles de vin rouge et quatre canettes de bière.
Premier fait marquant. Il ne fait pas vraiment ses 33 ans, il a encore la même tête qu'au début des années 2000, et les mêmes chansons aussi, puisqu'il commence avec What A Waster, en fait, le concert est plutôt bien adapté pour quiconque n'a pas trop suivi l'actualité du bonhomme depuis disons ... 5 ou 6 ans, il faut attendre le sixième titre du set pour entendre une chanson écrite il y a moins de 10 ans, qui sera d'ailleurs le seul nouveau titre qu'on entendra, le second plus récent étant A Fool There Was (qui remonte tout de même à 2007).
Apport notable à noter toutefois, la violoniste à l'air prépubère dont le jeu apporte beaucoup, autant sur les titres ou il est évident (Music When The Lights Go Out) que sur ceux où on l'attend beaucoup moins (Fuck Forever). Deux danseuses interviennent aussi sur For Lovers et Last of the English Roses, qui permet de voir que le public du gars a changé, puisqu'il réagit plus sur ce morceau qu'à Time for Heroes ou Can't Stand Me Now.

Au final malgré les 2-3 problèmes de son évoqués, on passe un bon moment, mais il est tout de même extrêmement dommage qu'il n'y ait presque aucune volonté de nous présenter du nouveau, surtout venant d'un type dont des concerts ou des sessions truffés d'inédits apparaissaient encore régulièrement sur la toile il n'y a pas si longtemps. Là, on a l'impression de voir un artiste retraité, qui ne s'aventure pas à jouer autre chose que ses anciens succès : bien triste pour quelqu'un qui aura 34 ans dans 2 jours.

vendredi 8 mars 2013

Un truc pompeux, mais pas de guignol


Écouter Soap & Skin, c'est un peu comme être amoureux de quelqu'un qui te fait du mal. Sans que tu puisses expliquer pourquoi, tu retournes toujours prendre des claques.
J'ai fait de ses albums mes préférés pour les lendemains de cuite : ils font tellement de mal sur le moment, qu'on en arrive à se sentir lucide, et même plutôt bien.

Elle donne de ses nouvelles dernièrement avec un Sugarbread, EP 3 titres à la pochette floue.

Encore une fois on en prend plein la tronche d'entrée, avec une introduction qui n'est que noirceur et cris, qui se mélangent à une boîte à rythme et à des chœurs macabres, c'est on ne peut plus prenant. Tellement prenant que Anja Plaschg n'a pas besoin de poser sa voix en réverbération plus que quelques instants, se contentant juste de nous prouver par suggestion que le morceau est bien son œuvre. Simple et brillant.

On reste dans les ambiances sombres sur les 2 autres titres, avec toutefois plus de voix, dont on apprécie toujours la puissance, mais surtout la capacité à s'adapter à des arrières plans musicaux extrêmement divers : aussi bien orchestraux que synthétiques.
Il faut un certain talent pour réussir ce mélange entre électronique agressive et classicisme pompeux, il en faut d'autant plus pour rester cohérent par dessus celui-ci ; il ne s'agit pas seulement réussir la mayonnaise, encore faut-il la marier avec un plat de qualité.

Une fois de plus, la musique de Soap & Skin donne à goûter une puissance rarement vue sur ses latitudes depuis la disparition de l'empire austro-hongrois.

mardi 5 février 2013

Back to the old house

Cher Eugene,

Bien que tu ne m'aies pas répondu la dernière fois, je suis quand même venu à ta rencontre lors de ton passage à Nantes la semaine dernière.

Je vais commencer par te faire une confidence : quand je vais à un concert, que ça soit sur la route, en attendant que ça commence, ou même pendant, si jamais le concert est mauvais, je prépare quelques accroches et 2-3 blagues pour l'article que je compte écrire (et que tu remarqueras toi aussi, je n'écris pas souvent puisque je n'ai toujours pas rattrapé mes quelques revues en retard).

Là en l'occurrence, je pensais déjà dire que tout était mieux avant : que si ton concert avait eu lieu à l'Olympic il y a 4 ans, tout aurait été tellement mieux.
Mais au fond j’espérais avoir tort (ça aussi je prévoyais de l'écrire vendredi soir oui), j'espérais que malgré ma mauvaise première expérience avec Stereolux et mon désamour profond pour ton album, j'allais pouvoir apprécier ton concert quand même.

Et à dire vrai, ce coup-ci la salle ne m'a pas déplu, à savoir si c'était dû à la présence limitée de viande alcoolisée dans la salle (et donc la limitation des risques de se faire vomir dessus) ou à la taille plus raisonnable de la salle Micro, je n’émettrais pas de conclusion, mais sur le coup Eugene, malgré tout tes efforts, j'ai trouvé ça bien que ta musique soit moins fédératrice que celles des groupes qui passent au festival des Inrocks.

J'ai aimé la salle peut-être parce que quand je suis arrivé c'était les Rhum for Pauline qui y jouaient. Tu sais, je les connais depuis à peu près aussi longtemps que toi (à environ un an près, mais tu sais, à nos âges, un an, ce n'est musicalement pas grand chose), à l'époque où je les avais découverts, ils étaient 2 et faisaient la première partie des Music Is Not Fun, relativement inconnus aussi à l'époque. Toujours est-il qu'eux aussi ont évolué vers un son plus dense, mais sans y perdre leurs forces, et le public ne s'y trompe pas et était presque plus enthousiaste que pendant ton concert (et je ne pense pas que c'était seulement parce qu'ils sont de la maison), mais je m'étendrais plus sur ces détails après.

Et puis tu es arrivé, tu nous as fait 2-3 signes désinvoltes en évitant de te décoiffer (tu n'as peut-être pas tort, vu que dernièrement la presse parle au moins autant de tes cheveux que de ta musique) et tu as commencé avec une chanson de ton dernier album, suffisamment dénuée de saveur pour que j'oublie de laquelle il s'agissait, tu as du continuer pendant plusieurs chansons comme ça, puisque la première qui m'a vraiment marquée c'est Fonz, sur laquelle l'ajout des claviers était suffisamment légère et juste pour ne pas gâcher l'écoute. Tu confirmais ainsi le sentiment que j'avais eu en entendant Harlequinade avant : quand tu arrives à en réfréner les vomissements synthétiques, même tes nouveaux titres deviennent appréciables.
La suite du concert a été une suite de goût/dégoût, puisque tu mêles dans ta set-liste de nouveaux titres comme All and all pas désagréables, des vieilleries bienvenues comme Those old black and white movies were true, mais tu arrives quand même à balancer des Video Game et Joshua aussi dégoulinants que sur album.
Dis-toi quand même que j'ai regretté de ne pas avoir assez écouté The Invitation to the Voyage : j'entreprenais de compter les chansons que tu en avais jouées, pour savoir combien, au maximum, il me restait à en supporter, et ma méconnaissance m'a frappé, si bien qu'après un Sugarplum qui ne s'avère même pas faire lever les foules, je me suis pris à espérer un Atlas, un Moscow State Circus ou n'importe quoi d'autre en rappel, mais pas ce plat et créativement vide Shotgun (ou cet hommage, c'est comme ça qu'il faut dire a priori), et là, n'en pouvant plus, j'ai fait un truc que je ne fais pourtant jamais : je suis parti, parce que j'en avais marre, parce que j'avais envie d'éviter la file d'attente pour récupérer l'euro de consigne de mon verre et aller pisser, et surtout parce que j'en étais rendu à me sentir exactement dans l'état morbide que Nick Hornby décrit dans Juliet, Naked :

"Mediocre loud music penned you in to yourself, made you pace up and down your own mind until you were pretty sure you could see how you might end up going out of it."

Et puis quand je suis sorti des chiottes, tu avais fini, et les gens ne réclamaient rien, ce qui m'amène à un point important : 
Je ne sais pas si c'est seulement le public nantais, parfois assez froid il est vrai, ce qui expliquerait que tu aies "oublié" de remercier Nantes sur ta page facebook (ouais, parce que j'imagine qu'on a du te dire qu'aujourd'hui pour avoir du succès il fallait bétonner les réseaux sociaux), mais l'apathie du public, et plus particulièrement vis-à-vis des titres de ton dernier disque est consternante quand on voit que ceux-ci sont pourtant conçus pour faire bouger les foules, au détriment de tout ce qui faisait la force de tes chansons. Et pourtant quand tu t'arrêtes pour entendre le public, un silence te répond, et même la ritournelle Sugarplum n'est pas reprise par plus de 15 personnes.
Enfin, même si elle est restée de marbre, la salle était quasi-pleine, c'est au moins ça de gagné, mais peut-être que ce relatif succès commercial est suffisant à tes yeux après tout.

Adieux définitifs sauf si tu changes d'avis quant à ta marche à suivre du coup.

Un ancien fan, toujours anonyme mais désormais sur de lui

mercredi 23 janvier 2013

Sans désir



C'est extrêmement cliché mais ainsi est la pop. Moi je l'aime quand elle fait voyager, je l'ai déjà dit ici et.


J'attire plus particulièrement ton attention sur l'article qui traite de Shipbuilding Company : j'avançais le côté dénué d'influences de sa musique, mais lui trouve beaucoup de similitudes avec Exorcise, le premier album des islandais de Tilbury, sorti en mai dernier. Après à savoir si les bougres ont écouté Radio & Flying Birds ou si la particularité des terres islandaises permet de retrouver cette absence d'influence, je ne me prononcerais pas.

Ecouter Tilbury c'est voyager la tête dans la Lune : pour aller plus loin sans forcément décoller les pieds du sol. C'est découvrir naïvement une ville en s'y promenant au hasard, mais toujours le nez en l'air.
On ressent dans leur musique une candeur des plus rafraichissantes, elle n'est pourtant pas creuse pour autant.

En fait elle est un peu à l'image du clip de Drama : on ne comprend pas trop ce qui se passe, alors autant s'en réjouir. Un peu comme les quelques moments où l'ivresse d'après quelques verres est purement joyeuse.



Dans ce genre d'articles, la transition est facile : il suffit de partir encore plus loin.

Ça tombe plutôt bien, Shugo Tokumaru vient de sortir In Focus, un album fort appréciable.
Je ne vais pas me la jouer, je ne m'étais encore jamais intéressé à un album du type et je n'ai aucune connaissance en ce qui concerne la culture japonaise. Pourtant, je vais quand même réussir à lier sa musique à celle du seul autre artiste japonais qui me vient à l'esprit : Katsuhiko Mueda ou World's End Girlfriend. Pas grand chose à voir à première vue, si ce n'est la capacité à créer des compositions fascinantes par un assemblage de motifs relativement simples. Ce sont tout deux des orfèvres capable de te faire les plus magnifiques des bijoux en utilisant uniquement des perles en plastique.

Là encore, cet aspect apparaît à la fois dans la chanson et la vidéo de Katachi : concrètement, on voit uniquement des bouts de papier découpés, mais c'est leur association qui émerveille.


lundi 7 janvier 2013

If your heart is broken





Aujourd'hui je suis venu écrire mon premier article de 2013, pas pour dire que je m'en vais comme le font certains en ce moment, il est vrai que l'idée m'a parfois plus qu'effleuré ces derniers temps, tant la blogosphère est devenue moribonde et suscite peu d'intérêt (c'est en ce moment que je m'investis le plus dans mes articles mais mon nombre de visites n'a jamais été aussi bas).

Non, en 2013 je resterais, probablement avec encore moins d'articles, vu que je suis actuellement sur le point de terminer mes études et m’apprête à entrer dans ce qu'on appelle la vie active, je t'avouerais qu'il y a plus rassurant et que, même si sans un minimum d'inconfort je suis incapable d'écrire des articles, je n'ai aucune idée ce qu'il en adviendra dans le monde du travail.
L'autre raison c'est que plus le temps passe, et plus j'ai davantage envie de vivre la musique que d'en parler. Désormais, je joue plus facilement une chanson que j'écris un article dessus, du coup je cherche à voir si j'arriverais à parler d'autre chose.

Enfin, assez parlé de moi, ce qui me sort aujourd'hui de mon mutisme, c'est l'album de Christopher Owens.
J'avais parlé de Girls dans des lignes autres que celles-ci et j'étais déjà frappé par la simplicité de l'expression musicale du personnage, ses textes sont à la fois immédiats et développés et sa musique transmet à elle seule le sentiment des chansons (et j'ose espérer que si je me sens concerné par ce qu'il dit, ce n'est pas seulement parce que je rentre dans la catégorie osseux aux cheveux sales de Honey Bunny).

Cet album solo qui débarque après son abasourdissant départ du groupe qu'il avait lui-même fondé était l'un de mes disques les plus attendus de ce début d'année. Le thème et Here We Go m'avaient déjà mis l'eau à la bouche. Cette simplicité apparente touchait une fois de plus.
Car ce thème, c'est juste quelques accords simples, le genre de chose que l'on devrait trouver rapidement irritant après quelques répétitions, et pourtant, chacune de ses nombreuses apparitions tout au long des chansons est enthousiasmante. L'album pourrait se passer d'un fil conducteur, mais le thème en remplit quand même le rôle, comme ça à première vue, le seul album relativement récent que je vois utiliser ce genre de procédés, c'est Speakerboxxx de Outkast, rien à voir donc, non, si cette utilisation du thème m'amène à une référence, elle est ancienne et cinématographique, c'est le leaning on the everlasting arms de Harry Powell/Robert Mitchum dans The Night of the Hunter qui nous maintient à lui seul dans le film, car ne plus l'entendre c'est perdre le personnage central et le sens même du film. J'avais trouvé cet aspect parfaitement bien retranscrit par Pierre Fablet et son groupe, The Night of the Hunter Project, vus en première partie de A Silver Mt. Zion il y a quelques années, qui réinterprétait instrumentalement ce film, là encore ce sont les retours réguliers des leanings qui étaient les moments les plus forts. Christopher Owens parvient à reproduire cet effet sans se baser sur rien, admirable.

Derrière cette répétition de quelques notes, le disque est à cent lieues de se répéter, sur seulement 28 minutes il me donne l'impression d'un Sandinista! de poche, ça fait plusieurs fois que je te parle de cet album, mais c'est parce qu'il constitue pour moi l'un des plus aboutis artistiquement du siècle dernier, à un point tel que je l'aimais avant de l'avoir entendu, rien qu'en entendant parler du concept, mais je ne vais pas m'étendre sur mon amour pour les Clash, j'ai déjà commencé un article sur le sujet (et d'une certaine manière sur pourquoi j'aime la musique) après avoir lu celui-ci.

On pourrait tenter de résumer ce disque à un quart de Sandinista! polarisé par Riviera Rock, instrumental assez anodin aux premières écoutes, mais dont la position centrale prend tout son sens par la suite, il apporte un désordre sans lequel la seconde partie, instrumentalement moins chargée ne se tiendrait pas, l'alternance de richesse et de sobriété instrumentale donne une fluidité à l'album qui était la seule chose qui manquait à Sandinista!. Love Is In The Hear Of The Listener et Everywhere You Knew s'appuient sur le titre Lysandre tout en lui permettant d'exister. Et c'est cette fluidité encore qui permet à l'album de se terminer sur un définitif et déprimant "that part of me is gone" sans couper l'envie de le réécouter.

Pour faire court, on est le 6 Janvier et, même si au final je ne fais jamais de listes, j'ai déjà un disque dans mon top de fin d'année.