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mardi 8 mai 2018

Remember how we used to play for you






Il y a quelques jours, j'étais seul en voiture tard le soir, comme souvent dans cette situation, je dégaine ma carte SD de nuit pour me réveiller. Et au passage de Watch Me Fall de Jay Reatard (qu'est-ce que ce type était talentueux et manque aujourd'hui) à Gravé dans la roche de Sniper (qu'est-ce que cet album est puissant et actuel, malgré ses 15 ans), je me suis rendu compte que ça me manquait énormément de ne plus écrire en général, et sur la musique en particulier.


Pour l'occasion je ressuscite cet espace, avec pour commencer un article que écrit il y a plus d'un an en sortant du concert de Jarvis Cocker et Chilly Gonzales à Berlin et que je n'avais jamais publié.

Je crois qu'il n'est nul besoin que je m'étende une fois de plus sur l'amour que je porte au travail de Jarvis Cocker. Même si je l'ai moins exprimé ici, celui que j'ai pour le génie et l'érudition de Chilly Gonzales n'en est pas moins fort.
C'est donc logiquement que quand le premier a annoncé une tournée pour son nouvel album, mon cœur a fait un bond, quand j'ai découvert qu'il collaborait avec le second sur celui-ci, j'en ai été d'autant plus heureux, et quand j'ai découvert le magnifique Tearjerker, j'étais aux anges.
Passées quelques complications supplémentaires (tu l'as ?) pour obtenir un billet, j'ai pu prendre place dans la Volksbühne de Berlin, théâtre du début du siècle dernier dont l'ambiance se prète parfaitement à ce Room 29. Sur nos sièges, nous attendent une note présentant notre personnage et les autres protagonistes du spectacle, ainsi qu'une clé portant le numéro 29.
Si il faut retenir quelque chose de cette représentation, c'est que ce n'est pas juste un concert. Les deux musiciens ont l'habitude de beaucoup parler avec leur public et ont également expérimenté d'autres moyens de communication comme la radio (j'ai par exemple de très bon souvenir de celle que Chilly Gonzales animait le dimanche soir sur la radio regrettée Le Mouv'). De ce fait la performance mèle musique, théâtre, danse, vidéo, on assiste même à la présentation d'un powerpoint ! On sent que les deux compères s'amusent à faire des choses qu'ils n'assumaient pas forcément dans leurs projets précédents, certains de leurs ressorts tiennent plus du spectacle de marionnettes pour enfants que du concert, ou même du théâtre. Mais devant leur talent, nous n'avons aucun problème à être pris pour des enfants.
La setliste se cantonne à l'album joué dans l'ordre, ou plutôt raconté, étant donné la forte teneur narrative de celui-ci. Ils fournissent au passage l'explication de texte, présentant anecdotes et photos à l'appui les différents personnages impliqués. L'écoute de l'album, déjà excellent, n'en devient que plus intéressante par la suite.
Comme sur l'album, Chilly Gonzales parvient à faire paraître la composition simple, mais nous emporte avec son talent pour remplir l'espace avec son piano, qu'il accompagne du Kaiser Quartett sur une partie des pistes tandis que Jarvis Cocker montre une fois de plus son talent pour faire passer des émotions, qui rend son jeu de scène parfois un peu incongru mais touchant malgré tout, notamment sur l'enchaînement Daddy, You're Not Watching Me chanté depuis l'intérieur (!) d'une télévision et The Other Side interprété depuis le public. Et même si Ice Cream As Main Course est un final génial pour un album comme pour un concert, le duo décide de prolonger le plaisir avec une reprise de Paper-Thin Hotel de Leonard Cohen, seul titre hors album, on aurait aimé en voir encore plus mais toutes les bonnes choses doivent avoir une fin y compris ce concert qui en partant d'un album de 50 minutes et en y ajoutant moult interludes flirte avec l'heure et demie.

Il est probablement trop tard pour voir le spectacle à peu près n'importe où, mais à défaut de mieux, une partie du concert au ARTE Concert Festival 2017 est visible ici :


dimanche 29 mai 2011

Son ! It's You !



La vie c'est plutôt cool en ce moment, puisque je me retrouve à écrire ma review du concert de Pulp dans le train pour aller voir Animal Collective.

Pourtant c'était mal parti, j'étais plein de ferveur quand le groupe a annoncé sa reformation, un peu moins quand j'ai vu que dans un premier temps, aucun concert n'était prévu en France (même si depuis il y a les Vieilles Charrues). Tu t'imagines bien que quand en plus j'ai vu que les 15 premiers noms du Primavera (soit à quelques heures de Montpellier) incluaient Animal Collective et Pulp, alors que j'étais dans l'impossibilité totale de m'y rendre, j'étais en train de perdre la foi.

Heureusement le salut est venu de ce concert au Bikini le 25 mai. Un concert qui avait des allures de miracle tant il était improbable.
Tellement improbable que l'hypothèse du poisson d'avril (qui aurait été un blasphème de la part du Bikini) avait été avancée.

Au final le seul poisson, c'est celui qui accompagnait le "BONSOIR TOULOUSE" du panneau lumineux que Jarvis Cocker brandit en entrant sur scène.
Après avoir offert des abricots ça et là dans le public, il attrape le micro et commence son office avec un Do You Remember the First Time ?, qui annonce le chapelet de tubes que va être le concert : la première moitié de la setlist étant composée uniquement de titres de Different Class (album qui sera d'ailleurs joué dans sa quasi-intégralité, ne manqueront que Live Bed Show et Monday Morning) et des passages les plus immédiats de His'n'Hers (Pink Glove et Babies). Une mention spéciale à l'enchaînement Sorted for E's & Wizz et F.E.E.L.I.N.G.C.A.L.L.E.D.L.O.V.E, identique à l'album mais qui s'en plaindra ?


Pulp nous montrent comment avoir la classe ultime même en se plantant sur un morceau (à 30 secondes de vidéo)

Et puis quand bien même les chansons seraient mauvaises, le concert serait de toute façon rattrapé par un Jarvis Cocker habité pendant les chansons et prêcheur génial entre. Tout au long des 2h que durera le concert, il nous gratifiera de son humour diablement efficace. Dès la fin de la première chanson, il parle de la "First Time" du groupe à Toulouse et part à la recherche de quelqu'un qui serait né en février 1995 avant de lui lancer un "Son ! it's YOU ! I came back to see you !". Il fait preuve également d'une aptitude impressionnante à reprendre toutes les situations en sa faveur : que ça soit la déclaration d'amour d'un autre homme ("you might be looking for a long time relationship"), le portable qui fait interférence avec les enceintes (""je peux pas te répondre, je suis au concert de Pulp""), ou encore les odeurs de pétard persistantes en fin de concert.

Et puis quand bien même les chansons seraient mauvaises et Jarvis pas drôle, il serait difficile de dire du mal de quelqu'un qui est capable de courir d'un bout à l'autre d'une scène pendant 2 heures en escaladant retours et enceintes avec des talons de pas loin de 10 centimètres. Encore plus quand ce quelqu'un offre son verre de vin au public tout en insistant pour qu'il soit partagé.



La setlist part ensuite dans le moins évident avec un ô combien attendu This Is Hardcore suivi d'un Sunrise à la fin duquel Jarvis brisera une guitare, on vient malheureusement d'avoir droit aux 2 seules chansons postérieures à Different Class. En cause, la présence de Russell Senior guitariste et violoniste jusqu'en 1997, qui s'absente dès que des titres composés après son départ sont interprétés.

Le concert se termine avec Bar Italia et un Common People extrêmement attendu en forme de faux rappel. Le vrai rappel de 6 chansons (sur une setlist en comptant au total 20) satisfera plus le public en attente de raretés, puisqu'il commence avec un enchaînement O U (Gone gone), Countdown, puis se poursuivra après "une chanson sur les taxis" (Joyriders) par une autre sur les phobies, qui ne sera pas The Fear comme on eut pu l’espérer mais His'n'Hers.
Afin de nous laisser avec encore plus de tubes en tête, le groupe conclut le concert avec une suite divine Acrylic Afternoons, Mis-Shapes.

La conclusion de tout ça, je pense que Jarvis te la donnera mieux que moi en interprétant Dishes : "I'm Not Jesus But I Have The Same Initials".


Bon, et puis comme on est sur I Remember Learning How To Dive et pas sur Vie de Grâce, je te fais une deuxième conclusion avec une photo d'un Cocker dans un Bikini, sauf que j'ai pas trouvé de cocker, donc ça sera ce chien à la place.

dimanche 26 avril 2009

You're moving fast but you're going nowhere


Que faire quand on a dépassé la quarantaine et que l'on est un chanteur britannique qui a toujours brillé par la finesse de sa plume, y gagnant au passage une image de chanteur intellectuel et pour intellectuels ?
Hé bien il ne reste plus qu'à sortir un album bourré de grosses guitares, il y'a quelques mois, on a eu le cas de Years Of Refusal de Morrissey, voilà que c'est au tour de Jarvis Cocker, après le premier album duquel on pensait qu'on ne l'entendrais jamais chanter sur une guitare plus saturée que celle de Disco 2000, Morrissey à la limite on peut comprendre, de toute façon un mec qui semble développer autant d'efforts pour qu'on le déteste sortira forcément des albums comme son dernier, mais Jarvis ...
Première surprise avec cet album donc, sur la pochette, il arbore une barbe, déjà relativement bien fournie, et quand on écoute, bah, c'est du rock pour barbus, à quelques lieues de son premier opus et de Girls Like It Too, qui devait figurer et donner son nom à ce deuxième album, qui s'appelle finalement Further Complications, un esprit totalement différent donc (ou pas ?)

Sur le titre éponyme qui ouvre l'album, Jarvis conclut sur un "do you follow me ?", on doit confesser quelques hésitations, après cette chanson, qui, si elle n'est pas désagréable, tranche franchement avec ce qu'on aurait pu attendre. Angela est du même ressort avec un inhabituel solo de guitare, et en entendant Pilchard, on commence à avoir envie de dire "mais putain, Jarvis, tu nous fais quoi comme conneries avec ton vieil instrumental là".
A croire qu'il nous entend, puisqu'on revient à du plus habituel avec Leftovers, même si on se fait à l'idée que l'on va devoir aimer la guitare, qui a relégué au second plan le piano omniprésent du premier album, mais toujours est-il qu'on retrouve le Jarvis qu'on aime le plus : qui propose à des filles dans des musées de rencontrer des dinosaures, jouant une fois de plus avec son image d'intellectuel; image qu'il va envoyer bouler avec I Never Said I Was Deep. Et ce avant de nous balancer un Homewrecker, sur lequel un doit attendre une bonne minute d'intro pleine de cuivres avant d'être certains que l'on écoute une chanson de Jarvis Cocker, suivi de Hold Still, qui fait chanson oubliée du premier album. Grosse guitare à nouveau avec Fucking Song, dont le "I will never get to touch you, so I wrote this song instead" introductif annonce plutôt bien la couleur, enfin, de toute façon, on commence à s'habituer à la guitare, et puis le pire est à venir avec Caucasian Blues, enfin, quand je dis le pire, c'est typiquement la chanson dont je suis incapable de dire si j'aime où je déteste, on dirait une tentative de reprise des Sex Pistols, et on a par moments l'impression d'entendre le chanteur des Hives, donc on ressort forcément avec un sentiment mitigé. On pense ensuite entendre Glory Days avec Slush, sauf que c'est quand même beaucoup moins bien, et puis la conclusion est laissée à You're In My Eyes (Discosong), enfin, disco veut dire que l'on entend effectivement en arrière plan des instrumentaux à consonance disco, mais avec Jarvis qui chante par dessus ça ne peut définitivement pas être aussi mauvais que du disco.

Voilà, je pense que je serais en mesure de vous dire si j'aime ou non cet album dans 2 ou 3 mois, en attendant, jetez quand même une oreille dessus, même si vous devez déjà réécouter respectivement pour la 41ème et 37ème fois les derniers Horrors et Patrick Wolf (ce qui est compréhensible, je vous l'accorde).