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mercredi 26 février 2014

They say that the world was built for two, ou comment je n'ai rien compris à Fauve

J'aime le débat, les choses qui ne font pas l'unanimité, et en général j'aime donner mon avis, tranché ou non (en général tranchant) sur le sujet, même si c'est rarement sur ce blog (à l'exception peut-être de mon article d'il y a deux ans sur la fermeture de Megaupload). Et si il y a un groupe qui fait débat et ne laisse pas indifférent ces derniers temps, c'est bien Fauve.

Ma découverte du groupe remonte à environ un an. Comme beaucoup, la première écoute des Nuits Fauves a déclenché une grosse curiosité, je n'avais pas mordu à l'hameçon pour d'autres avant eux qui avaient joué la carte de l'indépendance : pas de presse, pas de label, mais là, leurs références rap et foot m'avaient eues au moins temporairement, parce que si la musique intrigue très vite, elle lasse rapidement aussi.

Au moment de la sortie de l'EP, je prévoyais un article que je n'ai jamais écrit opposant deux aspects développés sur sa vingtaine de minutes. D'une part le groupe était un peu aux adolescents ce que Marc Lévy est aux ménagères : un contenu pas éblouissant et chargé de poncifs mais auquel on ne reproche rien parce qu'il les fait se sentir mieux (et avec le trou de la sécu, tout ce qui réduit le nombre de consultations de psychologues et la consommation d'anti-dépresseurs est bon à prendre). D'autre part, l'album se conjuguait vraiment au pluriel, avec un franc encouragement aux auditeurs : Osez !

J'avais des éléments de compréhension, mais au fond, il m'en manquait énormément, et ça, je l'ai constaté juste avant la sortie de l'album : j'ai fêté mon anniversaire que je partage avec ma cousine, de six ans ma cadette. On s'entend à merveille, mais force est de constater que ce n'est pas grâce à nos goûts communs en matière de musique : elle a assisté au concert des Jonas Brothers et m'a offert un poster de Justin Bieber, auquel elle reste fidèle malgré ses frasques, tout comme à Miley Cyrus. Du coup quand elle m'a dit qu'il fallait que je retrouve un boulot à Paris, et par extension, un logement là-bas d'ici mai, la dernière réponse que j'attendais à mon "Pourquoi ?" était bien entendu "Pour m'héberger pour le concert de Fauve".
D'un seul coup, ma sous-estimation complète de la portée du groupe éclatait au grand jour. Il faut bien avouer que j'avais déjà eu des surprises sur Facebook : ça ne me viendrait pas vraiment à l'esprit d'inviter mes différents amis fans du groupe à une même soirée.

En réalité, malgré une musique pas évidente d'accès et en décalage avec la pop aussi bien francophone qu'internationale, Fauve a une visibilité énorme qui leur permet de s'inscrire dans l'exception culturelle française mais avec une transversalité assez rare. Une chose est sûre : le fait que leur musique draine un public d'influences aussi diverses, tout en étant à ce point éloignée des conventions ne peut qu'annoncer du positif, et ce sans même parler d'apprécier les chansons.

Les chansons, parlons-en justement, il y a deux degrés d'écoute : au casque pour constater l'efficacité instrumentale, sans trop d'originalité mais avec des lignes de basse entêtantes. Ce premier degré est vraisemblablement assez peu privilégié face au second : l'écoute avec un système d'enceintes bien mais pas trop énorme, voir avec un portable, qui oblige à se concentrer sur le texte, et c'est là que ça se mitige, avec certains passages où l'on s'attend d'un moment à un autre à entendre le mot aware, tant ils font penser aux élucubrations de Jean-Claude Van Damme. Le côté "brut de décoffrage" du texte emprunté au fauvisme peut vite lasser, mais surtout, l'adhésion suppose d'accepter l'existence de certains concepts comme celui d'âme sœur, en filigrane sur une partie des morceaux. Il faut avoir choisi comme protection face à l'adversité, l'idéalisme qui ne censure pas mais incite à la passivité, plutôt que le cynisme qui pousse à ne compter que sur soi-même pour avancer. Car cet album exprime un idéalisme quasi-sectaire, et divise donc autant qu'il rassemble des gens que l'on n'imaginait pas rassembler.

Reste donc à voir ce que deviendra le groupe : parviendra-t-il à gérer un public aussi diversifié ? Et qu'est ce que deviendra ce public ? les portes s'ouvriront-t-elles pour ceux parmi eux qui créent, et oseront-ils les enfoncer ?

lundi 3 février 2014

Handle with care

J'ai toujours eu plein de bonnes excuses pour ne pas écrire d'articles j'en ai manqué pour cet énième article de retour.
Pourtant j'étais en recherche d'emploi, je manquais donc quelque peu d'excuses, et pourtant j'ai bougé un peu, j'ai revu les Sparks et Wire à Paris, j'ai vécu mon festival des Inrocks à la plus haute moyenne d'âge dans le public à Nantes et j'ai suivi Anna Calvi dans sa tournée des villes moisies en allant jusqu'à Angers (ville où, au passage je passe les premiers mois de 2014, et qui doit encore me convaincre de sa qualité culturelle, parce qu'une ville qui met des enceintes pour diffuser de la soupe dans son centre-ville, y a comme un problème ...). J'ai aussi pris de vraies vacances, pour la première fois depuis plus d'un an, ce qui va m'amener à la suite de l'article.

Car l'idée de cet article, c'est de parler, parmi toutes les soirées que j'ai vécues ces derniers mois, de celle où je me suis retrouvé quelque-part entre l'Europe de l'Est et Leipzig, à Berlin.
En tant que monomaniaque convaincu, je suis allé voir sur LastFM ce qu'il se passait, et l'occasion s'est présentée de rattraper mon passé avec les Wave Pictures, dans cette même ville.
En effet, si techniquement, j'avais déjà vu le groupe lors d'un festival magique ici même, dans les faits, le charme sombre des maturités estivales, associé à l'ambiance au top niveau de la night (ouais, j'associe Verlaine à Willy Denzey sans aucun scrupule) m'avaient amenés à boire un peu plus que de raison ce soir là, et avaient de ce fait pas mal limité mes souvenirs du concert. Revenir sur les lieux du crime pour revoir le groupe à plus de 50% de mes capacités, ça n'avait pas de prix (et puis, même au guichet c'était pas bien cher).



La première partie, sur laquelle je vais m'étendre, Skiing, est du cru, on sent d'ailleurs qu'ils ont des potes dans la salle, et la montée sur scène de ma voisine de fosse, que j'avais particulièrement soupçonnée (Susanna du groupe Brabrabra, pour la petite histoire), m'a confirmé la qualité de mon instinct en la matière.
On sent dans leur musique une assez importante influence Game Theory (ou alors c'est juste que ça m'a marqué puisque c'est aussi une de mes découvertes de ces derniers mois ...), autant dans la voix de fausset que dans le son de guitare. Mais ce qui marque c'est la recherche dans le jeu, terme qui doit ici être compris aussi bien dans son sens technique que ludique : on a parfois l'impression de voir des enfants se dire : "tiens, et si je fais ça, ça donne quoi ?", sauf que toutes ces expérimentations servent la musique sans divergences, tant elles s’inscrivent dans une composition de qualité.

De mes vagues souvenirs concernant le premier concert , je me souvenais quasi uniquement d'avoir chanté Spaghetti et Seagulls, sur l'album Long Black Cars. Ces souvenirs devaient au moins être de qualité, puisque le concert commence avec le dit Spaghetti, la suite fait regretter les souvenirs parcellaires : les titres de Long Black Cars fonctionnent tous à merveille, que ce soit Stay Here & Take Care of the Chickens, My Head Gets Screwed On Tighter Every Year (mon boulot en ce moment c'est de faire rentrer des articles dans une limite de caractères assez pesante, donc quand je peux sortir des titres de chanson à rallonge à côté, j'en profite !), ou encore Give Me A Second Chance, l'un des titres où le groupe lâche son arme secrète : le batteur chantant !
Même si les morceaux du dernier album sont un peu en deçà du reste, l'engagement total du groupe est partagé avec le public : les frissons montent au moment où toute la salle reprend en chœur le refrain de Strange Fruit For David.

Un concert qui laisse donc heureux, avec quelques regrets toutefois, parce que ça aurait même pu être la deuxième vague de souvenirs, donc retenez bien la leçon les enfants : même si l'ambiance s'y prête, consommez toujours avec modération !



dimanche 8 septembre 2013

Back to the Future : récidive

8 septembre 2005 :

Le titre Fireman qui a commencé leur concert de juillet dernier sur la place de la République à Paris et qui constitue également l'ouverture de Sequel to the Prequel ne peut laisser aucun doute : les Babyshambles sont de retour avec la furie et la foi.

Ce qui fait plaisir, c'est de voir que quelques mois après la fin des Libertines et après divers séjours en prison, Pete Doherty a réussi à faire les bons choix : proposer une énergie punk, mais sans sacrifier pour autant la production en proposant quelque-chose qui ne ferait pas vraiment justice au titre solo de Pete, comme la production de Mick Jones, parfaite pour la fougue des Libertines mais qui aurait pu nous laisser circonspects. On n'ose pas pour autant imaginer une production trop fine, qui en voulant trop complexifier le son perdrait les chansons pour donner un résultat trop linéaire et vraisemblablement ennuyeux.

Ainsi, l'énergie explose sur Fireman, précédemment cité, sur Maybelline ou encore Picture me in a Hospital, mais le passage à des morceaux plus calmes comme New Pair ou Penguins se fait assez bien.
D'autre part le groupe parvient aussi à aller chercher des influences autre part, plusieurs titres, Dr. No en tête de file vont piocher allégrement du côté du reggae, mais l'ensemble reste cohérent, car le groupe le fait à sa façon, là où on aurait pu s'attendre au pire connaissant un peu Pete : pourquoi pas tiens un ex-codétenu en featuring ?

Et puis il y a Cuckoo, morceau brillant qui parvient à faire un patchwork des différents éléments qui constituent l'album, et qui nous convainc si besoin était encore.

Cet album annonce donc un bel avenir à Pete Doherty et aux Babyshambles.





8 septembre 2013

Le titre Fuck Forever, qui a mis fin à la vingtaine de minutes du  concert de juillet dernier sur la place de la République à Paris ne peut laisser aucun doute : les Babyshambles n'ont plus grand chose à dire, et d'ailleurs ils nous emmerdent.

Ce qui fait plaisir, c'est de voir qu'on n'avait pas totalement raison en affirmant ça ce soir là.

 On ne va pas non plus se voiler la face : ce Sequel to the Prequel est très loin d'être à la hauteur de ce que l'on pourrait attendre du troisième albm d'un groupe dont le leader a presque 15 ans de carrière derrière lui.

Après, ce disque a le mérite de ne pas tomber dans les travers de ses prédécesseurs : on échappe à la production finie au pétard de Mick Jones sur Down in Albion, ou à la repentance fade de Shotter's Nation.
L'album est diversifié et plus direct, mais très franchement, pas grand chose de marquant à part la perle Cuckoo, le seul titre des Bumfest Demos de 2006 qui n'avait pas encore été porté sur album : une ballade lunaire mais lucide, qui prend des envolées toniques, le temps d'un interlude plein de guitares saccadées et de "oh yeah".

Et c'est à ça qu'il va falloir s'habituer avec Pete Doherty, Babyshambles, et même avec un hypothétique retour des Libertines : des albums mi-figue, mi-raisin avec un titre un peu au-dessus du lot de temps à autre.

Si j'ai envoyé cet album à mon alter-égo de 2005, c'était pour que quelqu'un puisse s'ébahir un peu dessus, parce qu'en tant que premier album, ce disque aurait annoncé de bonnes choses, en tant que troisième, il nous indique le standard auquel on pourra s'attendre dans les années à venir, et ça casse pas 3 pattes à un canard ...

lundi 7 janvier 2013

If your heart is broken





Aujourd'hui je suis venu écrire mon premier article de 2013, pas pour dire que je m'en vais comme le font certains en ce moment, il est vrai que l'idée m'a parfois plus qu'effleuré ces derniers temps, tant la blogosphère est devenue moribonde et suscite peu d'intérêt (c'est en ce moment que je m'investis le plus dans mes articles mais mon nombre de visites n'a jamais été aussi bas).

Non, en 2013 je resterais, probablement avec encore moins d'articles, vu que je suis actuellement sur le point de terminer mes études et m’apprête à entrer dans ce qu'on appelle la vie active, je t'avouerais qu'il y a plus rassurant et que, même si sans un minimum d'inconfort je suis incapable d'écrire des articles, je n'ai aucune idée ce qu'il en adviendra dans le monde du travail.
L'autre raison c'est que plus le temps passe, et plus j'ai davantage envie de vivre la musique que d'en parler. Désormais, je joue plus facilement une chanson que j'écris un article dessus, du coup je cherche à voir si j'arriverais à parler d'autre chose.

Enfin, assez parlé de moi, ce qui me sort aujourd'hui de mon mutisme, c'est l'album de Christopher Owens.
J'avais parlé de Girls dans des lignes autres que celles-ci et j'étais déjà frappé par la simplicité de l'expression musicale du personnage, ses textes sont à la fois immédiats et développés et sa musique transmet à elle seule le sentiment des chansons (et j'ose espérer que si je me sens concerné par ce qu'il dit, ce n'est pas seulement parce que je rentre dans la catégorie osseux aux cheveux sales de Honey Bunny).

Cet album solo qui débarque après son abasourdissant départ du groupe qu'il avait lui-même fondé était l'un de mes disques les plus attendus de ce début d'année. Le thème et Here We Go m'avaient déjà mis l'eau à la bouche. Cette simplicité apparente touchait une fois de plus.
Car ce thème, c'est juste quelques accords simples, le genre de chose que l'on devrait trouver rapidement irritant après quelques répétitions, et pourtant, chacune de ses nombreuses apparitions tout au long des chansons est enthousiasmante. L'album pourrait se passer d'un fil conducteur, mais le thème en remplit quand même le rôle, comme ça à première vue, le seul album relativement récent que je vois utiliser ce genre de procédés, c'est Speakerboxxx de Outkast, rien à voir donc, non, si cette utilisation du thème m'amène à une référence, elle est ancienne et cinématographique, c'est le leaning on the everlasting arms de Harry Powell/Robert Mitchum dans The Night of the Hunter qui nous maintient à lui seul dans le film, car ne plus l'entendre c'est perdre le personnage central et le sens même du film. J'avais trouvé cet aspect parfaitement bien retranscrit par Pierre Fablet et son groupe, The Night of the Hunter Project, vus en première partie de A Silver Mt. Zion il y a quelques années, qui réinterprétait instrumentalement ce film, là encore ce sont les retours réguliers des leanings qui étaient les moments les plus forts. Christopher Owens parvient à reproduire cet effet sans se baser sur rien, admirable.

Derrière cette répétition de quelques notes, le disque est à cent lieues de se répéter, sur seulement 28 minutes il me donne l'impression d'un Sandinista! de poche, ça fait plusieurs fois que je te parle de cet album, mais c'est parce qu'il constitue pour moi l'un des plus aboutis artistiquement du siècle dernier, à un point tel que je l'aimais avant de l'avoir entendu, rien qu'en entendant parler du concept, mais je ne vais pas m'étendre sur mon amour pour les Clash, j'ai déjà commencé un article sur le sujet (et d'une certaine manière sur pourquoi j'aime la musique) après avoir lu celui-ci.

On pourrait tenter de résumer ce disque à un quart de Sandinista! polarisé par Riviera Rock, instrumental assez anodin aux premières écoutes, mais dont la position centrale prend tout son sens par la suite, il apporte un désordre sans lequel la seconde partie, instrumentalement moins chargée ne se tiendrait pas, l'alternance de richesse et de sobriété instrumentale donne une fluidité à l'album qui était la seule chose qui manquait à Sandinista!. Love Is In The Hear Of The Listener et Everywhere You Knew s'appuient sur le titre Lysandre tout en lui permettant d'exister. Et c'est cette fluidité encore qui permet à l'album de se terminer sur un définitif et déprimant "that part of me is gone" sans couper l'envie de le réécouter.

Pour faire court, on est le 6 Janvier et, même si au final je ne fais jamais de listes, j'ai déjà un disque dans mon top de fin d'année.

dimanche 23 septembre 2012

I'm by your side if you need to cry





Mon article du jour sera un grand merde à la face de la joie de vivre et je vais donc chroniquer 2 albums qui sont/se devraient d'être bien déprimants.


Je commence avec Why ?, comme il nous le montre depuis pas mal de disques, Yoni Wolf n'est pas typiquement le mec le plus heureux au monde. Sauf qu'avec l'EP Sod In The Seed, on commençait à se dire qu'il allait un peu mieux. Bien sur la chanson-titre et Shag Carpet ne tranchaient pas franchement avec ce à quoi le groupe nous avait habitué, se contentant d'être un poil plus joyeuses, mais au milieu, on avait 4 titres très courts qui donnaient beaucoup plus le sourire, je ne citerais que Twenty Seven, qui est d'ores et déjà devenu un de mes titres préférés du groupe (t'ai-je déjà fait part de ma passion pour les chansons de moins de 2 minutes ?).

En ce qui concerne l'album, c'est une semi-déception : on se situe quelque part entre Sod In The Seed et les disques précédents, mais il lui manque à mes yeux ces rythmiques totalement erratiques qui m'avaient fait adorer Eskimo Snow, les mêmes qui m'ont fait succomber à Twenty Seven.
L'écoute est beaucoup plus douce que d'habitude : des rythmes plus fluides, la voix de Yoni Wolf se fait plus mélodieuse, et pour parachever l'aspect plus sucré de l'album, une touche féminine ajoutée en la personne de Liz Hodson, femme de Josiah Wolf.
En bref, si ce que tu cherchais sur un album de Why ? c'était comme moi une sorte de mal-être bégayant qui transpirait par tous les pores de la musique, tu ne seras pas totalement convaincu. Mais si tu apprécies les bons disques il devrait te plaire quand même.

Ok, alors je te vois venir "sérieux ? mais comme à chaque fois le type il t'annonce un truc en intro et après il te parle de tout autre chose" et comme je suis à ton écoute lecteur, tu vas avoir droit à du vrai groupe réellement hardcore dans la dépression ! J'ai nommé Extra Life.

Ça me semble impensable de te parler du groupe sans commencer par évoquer la manière dont je les ai découverts. 
C'était un concert au Lieu Unique à Nantes dont j'avais eu vent au travers des pages de Wik, l'hebdomadaire culturel gratuit nantais, auquel je n'ai pas trouvé d'équivalents ailleurs. Je ne me souviens plus comment le groupe était décrit, toujours est-il que c'était pendant un week-end en fin d'année, et que j'avais déjà prévu d'aller boire à l'excès à 2 pas du LU.
Alors il faut remettre dans le contexte : j'abordais mon dernier mois de prépa en sachant déjà qu'ils allaient me jeter à la fin de l'année, j'étais par conséquent assez incertain à propos de mon avenir, et pour rajouter une ombre au tableau, le FC Nantes venait ce soir là de descendre officiellement en Ligue 2 après une défaite lamentable contre Sochaux (bien que mathématiquement il pouvaient se maintenir en en collant 20 à Auxerre et en espérant des défaites de tous les autres concurrents).
Autant dire que j'étais déjà suffisamment sensibilisé pour apprécier, et puis surtout, j'étais plutôt ivre et je me retrouvais confronté, avec du retard et sans préparation au grand projet des ingés son du LU qui consiste à empêcher toute sociabilisation les soirs de concert, il faut poser les bases : la partie bar/restaurant du LU est relativement spacieuse, mais le son est réglé tellement fort lors des concerts, que même dans les toilettes en sous-sol il est difficile d'avoir une conversation avec qui que ce soit. Concrètement, on en prend plein la tronche.

Verdict de ce concert : Extra Life et moi c'était devenu en très peu de temps une grande histoire d'amour. Sauf que l'alcool et le temps n'aidant pas, l'histoire s'était finalement avérée plus proche d'un amour de vacances à qui tu oublies d'écrire.
Oui mais voilà, les retrouvailles fortuites ont eu lieu quand j'ai appris l'existence de Dream Seeds : leur nouvel album sorti il y a quelques mois.
Et l'amour est revenu tout de suite : grâce aux alternances des passages médiévaux et bruitistes (l'introduction No Dreams Tonight et Righteous Seed), le maniérisme vocal digne d'un Morrissey de la grande époque (flagrant sur First Song, sur laquelle je reviendrais), et puis cette capacité à faire de longue piste qui jouent à fond la carte de l'ascenseur émotionnel.

L'album pour moi peut être résumé par le remarquable diptyque Little One-First Song.
Le premier titre est une description des difficultés inhérentes à la condition masculine en 2012 : devoir afficher sa sensibilité mais pas trop, réussir à être un séducteur indifférent avec au ventre la peur de souffrir et surtout de faire souffrir. Un morceau très émotionnant à ne pas forcément écouter debout sur le rebord de la fenêtre, avec un couteau pour se tailler les veines dans une main et une quantité trop importante de médicaments dans l'autre.
En comparaison First Song c'est le moment ou tu ressors la tête de la baignoire : je parlais de Morrissey, alors il faut imaginer un univers parallèle où ce très cher Steven aurait eu une sorte de flash en quatre couleurs et débarquerait en studio en gueulant "putain ! aujourd'hui Mike je te préviens, t'as intérêt à taper vraiment sur tes fûts, faudrait pas qu'on nous prenne pour des tapettes ! et toi Johnny, tu vois tes arpèges ? tu les prends tu te les fous dans le cul bien profond, tu mets tous les boutons de ton ampli à fond et tu nous joue un putain de morceau bordel !"
Ces 2 titres divisent parfaitement l'album entre la première partie de 3 titres qui pose les bases du groupe, et le final qui en 2 morceaux va taquiner la demi-heure avec force explosions qu'un groupe post-rock ne renierait probablement pas.

Clairement l'un des disques les plus puissants musicalement et émotionnellement de cette année.

Alors toi aussi, assume ta dépressivité avancée en écoutant Dream Seeds. Tu passeras à la maison, on boira des alcools forts et on terminera en se pleurant sur les épaules les uns des autres !

mardi 7 août 2012

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Alors à la base c'était un article qui devait paraître la semaine dernière, mais la fatigue du type qui meurt dès qu'il fait plus de 20°C (mais qui vit à Montpellier, cherche l'erreur) et la soirée guet-apens qui m'a été tendue samedi ont contrarié mes plans.

L'idée était donc de faire un récapitulatif de la semaine dernière, puisque tout le monde s'était passé le mot "hé vas-y, on sort tous de nouvelles chansons qui déchirent la même semaine".

Je commence sans surprise par Today's Supernatural d'Animal Collective, en écoute lors de la première transmission de la fréquence diplopode, le titre était l'un des plus entrainants de la série de concerts de 2011, je lui prédisait un avenir de "single raté", c'est à dire de titre super-efficace mais qui va trop vite pour que les gens puissent comprendre les paroles, à l'instar de Brother Sport, que les foules boudent souvent pour Summertime Clothes ou My Girls. Pour Today's Supernatural je l'imagine bien dans ce même rôle face à Mercury Man.
En ce qui concerne le titre en lui même, comme pour Honeycomb/Gotham, la prouesse de garder l'énergie live est réussie avec brio. En plus de ça, il y a un très gros travail de production qui fait sonner la voix d'Avey Tare comme jamais on ne l'avais entendue, il découle une très grosse puissance sonore de ce morceau, mais puissance contrebalancée avec tous les sons plus en arrière plan, qui agisse inconsciemment pour soulager l'oreille aux premières écoutes, et qu'on fini par adorer après un  peu plus de temps.


Les Dum Dum Girls nous ont aussi gratifiés d'un nouveau morceau exactement de la même longueur, dans la veine de leur excellent second opus, avec un son propre et carré, sur lequel Dee Dee pose des mots que l'on imagine sortis d'une bouche faisant la moue au début, mais qui se libèrent peu à peu à l'instar d'une confession, et puis les chœurs arrivent, mais on reste dans la justesse.

 

Deerhoof est un groupe qui a tout de même pas mal de bouteille, bientôt 20 ans d'existence et 11 albums, à chaque fois on retrouve la patte du groupe : une musique totalement désordonnée et la voix quelque peu atone de Satomi Matsuzaki, mais avec malgré tout un aspect qui nous surprend à chaque fois, ici ça pourrait être l'instrumental sur lequel on danserait volontiers la salsa.


Pour rester dans le groupe avec de la bouteille et plein d'albums, Calexico. Je les associe personnellement à leur performance à Sziget qui m'avait émue presque aux larmes, notamment avec leur magnifique reprise de Alone Again Or de Love, et avec cette musique profondément cliché, mais qui nous emmène magnifiquement dans des déserts au ciel étoilé quand on ferme les yeux lors de leurs concerts. Rien que pour ça j'étais décidé à louper le festival des Inrocks à Nantes une première fois depuis 2006 pour les voir à Montpellier, ce Splitter m'en convainc encore plus tellement on y trouve tout ce qui rend la musique de Calexico si particulière.


Sinon les Yeasayer ont mis leur album en stream, sauf qu'ils se sont amusés à faire ça avec des vidéos qu'ils ont supprimé après un certain temps. Pourquoi pas, sauf que du coup je n'ai pas pu les voir, puisque, sans blague de mauvais goût, les allemands sont tout de même un peu nazis en ce qui concerne la musique sur internet, et n'autorise donc que les contenus dont les droits musicaux ont été accordés par la GEMA (l'équivalent allemand de la SACEM), du coup je n'ai pas vu ces vidéos et je comptais te faire profiter de mon aigreur en déclarant que toi non plus tu ne les verrais pas parce que c'était trop tard et que tu devrais attendre le leak ... qui est arrivé il y a quelques jours. Je ne l'ai pas encore beaucoup écouté (faut dire qu'il y a pas mal de choses à côté) mais jusque là c'est un album dans le direct prolongement de Odd Blood musicalement (et va toujours plus loin dans la laideur des pochettes), mais en beaucoup plus plat et oubliable, mis à part Henrietta pas de titres vraiment marquants.

ICI

Et puis y a un nouveau Grizzly Bear mais j'en ai marre d'être le seul à pas accrocher à chaque fois donc je l'ai pas écouté.

Normalement après ça je me remets à poster un article tous les 15 mois, rassure-toi.

mercredi 1 août 2012

Our home is bigger than a mountain view

Cher Eugene,

Pour commencer je tiens à te féliciter, si je ne suis pas tout à fait un fan de la première heure, ne t'ayant découvert qu'avec ton album auto-intitulé, je suis un auditeur fidèle de ta musique qui jusque là ne m'a jamais déçu.

Du coup j'étais heureux quand j'ai appris que tu lâchais Miles Kane pour reprendre ta carrière, en plus j'aimais plutôt bien Lion, qui offrait quelque-chose d'un peu différent mais dans lequel on reconnaissait le ton un peu décalé que j'aime dans tes chansons (après, je dois avouer qu'il m'a fallu un certain temps pour me rendre compte que le bellâtre gominé de ton clip c'était toi), j'avais aussi aimé Thunderbolt, qui s'éloignait encore plus de tes titres habituels, mais la qualité de la chanson et l'accord entre texte et musique n'étaient pas pour me déplaire donc je ne me suis pas plains. Par contre Shotgun j'ai pas compris : un instrumental vu et revu sur une chanson plate et sans âme, enfin, 2 bonnes chansons sur les 3, ça laissait tout de même augurer de bonnes choses pour ton nouvel album.

Alors je l'ai écouté, ton disque, à commencer par Harlequinade, quand le clavier ridicule a commencé, j'ai vérifié qu'aucun pop-up ne s'était ouvert mais la vérité était là, tu commençais ton album avec une chanson qui, si je n'irais pas jusqu'à dire qu'elle m'a fait chier, m'a laissé de marbre comme jamais une des tes chansons ne l'avait fait, j'avais l'unique envie de déclarer, à l'instar de mon ancien prof de chimie "Bon bah y a rien quoi".
Et puis au début de Sugarplum je me suis dit que ça allait mieux, qu'en fait c'était juste un mauvais départ, mais là tu as balancé ce "I want you as you are" mielleux qui pue le singalong facile, alors que la vérité Eugene, c'est que pour chanter tes chansons, on n'a jamais eu besoin que tu nous casses les couilles en éternisant ton morceau pour pouvoir nous répéter plus de 15 fois ton refrain à la con, regarde les violons d'Atlas qu'on chantonnait la tête dans les étoiles alors qu'il n'y avait même pas de paroles.
Je t'ai déjà dit ce que je pensais de Lion alors je passe tout de suite à Videogame, dès le début ça sonne complètement ridicule avec ta musique de film d'action cheap visible sur la TNT avec par dessus une voix qui dit "regarde, je vais monter en intensité dans tout le morceau et ça va tourner à l'hymne", j'ai eu envie de me dire, ouais, c'est du remplissage entre 2 singles, pas à prendre au sérieux, mais LÀ, tu as choisi de balancer l'orgue de Sea Within a Sea des Horrors, paie ta blague ! on t'as dit que si ça avait marché pour eux ça marcherait pour toi, on s'est foutu de ta gueule Eugene, on s'est FOUTU DE TA GUEULE. Et pas qu'une seule fois, parce qu'a priori tu as aussi tout gobé quand on t'as dit que la boîte à rythme grotesque de Concrete Moon ajouterait quelque-chose de sympa à ta musique, d'ailleurs cette chanson est marrante, au départ je me suis dit "chouette, si j'arrive à faire abstraction de la boîte à rythme j'obtiens une de tes balades agréables" sauf qu'au fur et à mesure de la chanson ton melon gonfle peu à peu avec l'arrivée des violons, et là tu te mets à pousser un "ouuuuhhhh" qui dit "là auditeur c'est là que tu vas prendre ton pied" et ton melon explose. On t'as perdu Eugene. Et rendu là, même Thunderbolt fini par sonner fade. Le grotesque d'Invitation to the Voyage et Joshua ne m'affecte même plus, et j'ai à peine l'énergie de te hurler, en entendant Japanese Cars "MAIS PUTAIN, ON T'A PAS DEMANDÉ DE FAIRE UNE CHANSON DISCO POUR PASSER AU PMU LES SOIRS DE FÊTE BORDEL !".

Je crois que je t'ai tout dit, je suis bien conscient que tes trois premiers disques ne t'ont pas apporté le succès escompté, que tu as besoin de manger, comme tout le monde, et que c'est sûrement plus sympa de gagner sa croûte en jouant le BG au service de sa majesté qu'en faisant partie du backing-band de Miles Kane, et j'espère que ça va marcher pour toi, mais c'est plus la peine de compter sur moi, je prêterais une oreille pour voir si jamais tu décides de revenir aux sources, celles où ta musique avait une âme, en attendant, bonnes continuations et bonne chance.

Un ancien fan anonyme.




(et si jamais tu veux te faire votre propre idée, le streaming de l'album)

vendredi 19 août 2011

YOU WANNA GO HOME !

les festivals c'est la merde, t'as l'air con et t'écris de mauvais articles, preuves à suivre

Le gros problème quand tu écris une revue de concert, c'est que dès que tu te mets à parler de ce qu'il y a à côté, tu tombes très rapidement dans le racontage de vie.

L'énorme problème quand tu écris une revue de festival, c'est qu'il est impossible d'y donner du sens sans parler de ce qui s'y passe à côté.

Du coup je n'avais encore jamais réussi à écrire sur des festivals ici, même si ça s'explique par le fait que mon seul festival depuis l'ouverture de ce blog, c'était Sziget, là où tu ne vas pas pour la musique sous peine de t'emmerder (et c'est l'expérience qui parle), donc je n'avais pas pu dire les vagues d'amour intense que j'avais ressenties pendant que Calexico avait repris Alone Again Or. La déception quand j'avais vu que Maxïmo Park c'était devenu nul à chier, même en concert. Le côté terriblement amusant à faire le cas social en emmerdant les gens autour pendant Offspring ou Placebo. Ou encore à quel point j'avais été impressionné par la classe de Nicky Wire.

L'objectif de cet article est donc de mettre fin au blocage festivalier, je risque d'y raconter ma vie plus que nécessaire, passe donc ton chemin si ça ne t'intéresse pas, cela dit, si tu lis encore ce blog, c'est que ça ne dois pas t'emmerder complétement, ou bien que les bouts de musique entre les morceaux de vie pathétiques trouvent grâce à tes yeux.


Dans un premier temps, je dois expliquer à quel point la route jusqu'à Saint-Malo a été longue. Je ne pouvais pas faire le vendredi soir à cause du travail, c'est une chose, sauf que ne pas encore avoir reçu ma place le dit-vendredi soir, c'en est une autre que je n'avais pas réellement prévue. Fort heureusement, en écoutant suffisamment peu le gardien de mon ex-résidence, je suis parvenu à le récupérer à La Poste. Et là, arrive le sens même de l'article. Tu t'imagines bien qu'alors que je venais juste de récupérer ma place alors que j’étais au désespoir, tout autour de moi me paraissait beau. Il te semblera donc logique, que j'étais alors prêt à aimer n'importe quelle chanson que la radio passerait en montant dans ma voiture. Les probabilités faisant, le risque de devenir fan de Stromae était extrêmement élevé, et tout scientifique que je suis, l'émotion m'avait totalement empêché de le prendre en compte. Du coup, c'est sans aucun frisson, que j'ai mis le contact ...



... et là je suis devenu fan de Pulp.



Parce que si tu suis un peu, le titre de l'article c'est Do You Remember The First Time ? Donc tu t'attendais à ça depuis 3 paragraphes environ, enfin bon, je n'ai jamais dit non plus que j'étais quelqu'un de surprenant hein.


Bon, les choses s'enchaînent, je ne dors quasiment pas de la nuit du vendredi au samedi parce qu'il fallait que je range suffisamment mon appart pour être sur que mon ex-gardien soit mon ex-gardien (et accessoirement pour déménager dans 2 fois plus grand et mieux placé, sans payer plus cher), je loupe mon train parce que j'ai un sac moisi qui s'avère une galère pas possible à déplacer, surtout alourdi par une dizaine de litres de vin acquis à des tarifs compétitifs.




Et là j'arrive à Saint-Malo (tu remarqueras l'art de l'ellipse, qui t'évite 8h de voyage que je vais te raconter quand même entre parenthèse, elles incluent un gosse sadique, qui veut ta mort et te le montre en jetant régulièrement des gâteaux ou son doudou sur toi, s'arrange pour te mettre des claques sur les genoux dès qu'il en a l'occasion, et surtout, te montre à quel point il est vicieux, quand il te fixe droit dans les yeux tout en désignant son biberon (je n'expliquerai pas comment c'est possible, ce gosse était taré, c'est tout), avant de le lever d'un coup sec pour l'envoyer droit dans l’œil de son père, avec un regard entendu "un jour, tu subiras le même sort", glaçant; elles incluent aussi un voyage en wagon-bar pour cause de train complet, aux côtés d'un serveur mateur et dragueur, assez fatiguant à la longue, et encore, je suis même pas une fille; elles incluent enfin 50 minutes de TER jusqu'à Saint-Malo, seul moment où je tente un peu de dormir, assez vainement, parce que le TER ça s'arrête tout le temps, et qu'en plus je ne peux pas m'empêcher de me demander comment ça se fait que l'article de Magic sur Wu Lyf que lit la fille devant moi puisse faire autant de pages), je sors de la gare, et là, bonheur intense, un léger crachin me frappe le visage.

À ce moment là de l'article, je me dois de préciser qu'après avoir passé 20 ans de ma vie à Nantes, j'ai acquis un certain goût pour la pluie : ça adoucît les températures : si il faisait trop froid, il fait plus chaud, si il faisait trop chaud, il fait plus froid; ma principale inquiétude en partant à Montpellier était d'ailleurs "Vais-je résister au manque de pluie ?" avant même "Mais y a des concerts à Montpellier à part les 2 ou 3 supers chers que j'ai vus sur internet ?" (seconde inquiétude soulevée assez vite d'ailleurs). Donc quand je parle de bonheur, c'est véritable : à mon dernier retour à Nantes, il n'avait pas plu, ma dernière expérience avec une pluie légère remontait au moins à Mars, d'un seul coup, je me suis donc senti chez moi.

Ouais, sauf que pendant ce temps là, mon incapacité à trouver les navettes de festival a encore frappé, j'ai fini par monter dans un bus juste avant qu'il parte, n'ai même pas pu mettre mon sac dans la soute et ait donc fait mon cas-social en empêchant tous les gens de passer avec un sac énorme.

Et là on est dimanche un peu avant 21h45 (tu remarqueras là encore l'ellipse parenthésée, qui inclut un retrouvage de gens parmi lesquels je ne connais qu'un quart des personnes, auxquels je ne comprend rien aux conversations quand je ne discute pas avec le dit-quart, avec qui on parle musique, sauf que là ce sont les trois autres quarts qui ne nous comprennent pas; une fouille au corps ratée par un vigile qui me laisse rentrer avec un cubi sous le T-shirt qu'il a pourtant tâté; un concert de Still Corners raté parce qu'attendre des gens c'est une chose, attendre des gens qui sont déjà à l'intérieur ça en est une autre; un bonheur intense encore sur Low, parce qu'un concert sous une pluie encore agréable, avec un verre de vin dans la main et pas mal derrière la cravate; un moment de "mince, j'aurais mieux fait de ne pas oublier mon ciré à Montpellier" pendant Cults; un moment de "je peux plus tenir, j'ai dormi une heure dans la nuit et je suis détrempé, je suis dégouté mais je vais dormir" avant Blonde Redhead; un moment de "pourquôôôaaa ?" alors que je rentre, loupant juste Blonde Redhead, les Kills et Battles; un questionnement intense quand tu es dans ta tente, avec un pantalon plus qu'humide, sans rechange, avec une énorme envie de pisser et que tu sais qu'à un moment tu vas devoir sortir, et que pour ça il va falloir enfiler la serpillère; la meilleure conversation entendue du festival "putain y a trop de hipsters" "chuis pas un hipster" "attends, t'as un legging vert" *pas de souvenirs mais ça se termine par* "en attendant chuis pas un beauf" "et nous on est pas pédés" qui te fait rire tout seul dans ta tente; une confiance énorme accordée au karma, quand tu laisses les autres aller acheter bottes et cirés à Saint-Malo mais préfère attendre que ton pantalon sèche, t’apprêtant à nouveau à n'affronter la pluie avec rien d'autre qu'un pull; un bref épisode de "la vie d'une stagiaire accréditation à la Route du Rock"; un autre de "back to la navette"; un moment où tu te rends compte que connaître qu'une seule plage à Saint-Malo (mais avoir des trucs sympas à raconter dessus) ne va pas t'aider à trouver celle où joue François & The Atlas Mountain, heureusement vite suivi d'un autre où tu te rends compte que quand même, tu sais lire un plan et c'est pas dur à trouver; François & The Atlas Mountain qui chante "je suis de l'eau" alors que tu as les pieds dans l'eau (ce qui ne leur enlève pas la couleur noir qu'ils ont prise de manière inexpliquée, probablement la décoloration des chaussures); le quart connu qui passe le reste de l'après-midi à chanter "je suis de l'eau je suis de l'eau" pendant que tu réponds avec Heart of Love de Crocodiles, ou encore White Winter Hymnal de Fleet Foxes, seule chanson dont tu connais un bout de parole (à savoir "I was following the I was following the I was ...") et que tu chanteras en boucle tout l'après-midi; un retour au camping qui inclue un loupage de Here We Go Magic, parce que 19h15 c'est un horaire triste pour commencer les concerts : tu veux manger avant, tant qu'à faire ça t'épargne la bouffe de festival au faible rapport qualité-prix qui pèse sérieusement sur le ventre, mais du coup, le repapéro s'attarde et tu arrives c'est commencé, et tu te dis que les Okkervil River ils ont des têtes qui vont pas avec leur musique), en attendant Cat's Eyes, sans trop savoir si Faris sera là puisque l'épisode de "la vie d'une stagiaire accréditation à la Route du Rock" nous a appris qu'il aurait tout juste 4 heures pour faire Paris - Saint-Malo, que retentit dans la sono de la scène ? Je te le donne en mille, c'est encore Do You Remember The First Time ? qui marque un peu le début du festival pour moi, puisque juste après débarquent Cat's Eyes au complet, même si absence de balances oblige, on n'entend d'abord ni Faris Badwan ni Rachel Zeffira.


si tu vois où je veux en venir avec ce montage moisi, alors ton sens de l'humour est aussi mauvais que le mien

Le concert est assez intéressant parce qu'il inverse la tendance de l'album du point de vue des voix, on entend surtout Faris, beaucoup moins Rachel, après, à savoir si c'est pour des raisons d'endurance ou de présence scénique, difficile de le dire, mais il est clair que vu le charisme de Faris, le concert tournerait à la farce si on l'entendait juste chanter derrière de temps en temps alors que sur scène on ne voit que lui.
Autre point intéressant, ce n'est définitivement pas le même qu'avec les Horrors (bon, les choses ont peut être bien changées aussi avec les Horrors) : il est totalement apaisé, pas de gestes de violence envers le public (le premier rang de l'Olympic doit encore se souvenir de son coup de savate) et comble : IL REMERCIE LE PUBLIC ! Peut être enfin la satisfaction d'avoir un public qui l'attend pour ses chansons, plutôt que pour l'ex-image gotho-punko-blague des Horrors.
En tout cas, ce concert soulève un regret de plus à louper Rock en Seine : pas possible de voir comment il arrive à passer d'un visage à l'autre tout en restant cohérent.

Après un aller-retour des toilettes à la scène, qui permettra de converser avec un fan des Horrors sur le sens de la musique, et sur ce que l'on retiendra de ce que l'on vit aujourd'hui (j'étais un peu ivre, j'ai vite amené la discussion sur Animal Collective), je me replace pour Fleet Foxes, prêt à chanter mon unique ligne de textes à chaque chanson. Le concert est une réussite, on retrouve les harmonies magnifiques des albums, mais le groupe a su adapter le son au festival, pour éviter de voir son concert dévoré dans nos souvenirs par la puissance de Cat's Eyes ou Crocodiles qui viennent ensuite. Et c'est réussi, la nuit tout juste tombée, on passe l'un des meilleurs moments du festival, même si l'on est pas autant sur un nuage qu'on pourrait l'être en voyant le groupe dans une salle avec un son plus fin.

Puis arrivent les Crocodiles, chose amusante : leur horaire programmé est plus long que la durée de leur concert en tête d'affiche à Montpellier. En passant après Fleet Foxes, le groupe a le défaut d'avoir une musique plus pauvre instrumentalement, ceux qui caricaturent le shoe-gaze diraient "impossible de différencier les chansons en concert", sans tomber dans cet extrême, ils jouent la carte du gros son à fond, pour résumer les choses simplement "ça envoie". Et puis ils ne se limitent pas à Sleep Forever, ce qui est plutôt bien, malgré ma connaissance limitée de Summer of Hate, il m'a semblé distinguer plusieurs nouveautés (même si comme qui dirait tout se ressemble).

Là, vient le moment totalement étrange du festival : Dan Deacon, j'avais vu quelques vidéos du type, mais je ne m'attendais pas du tout à ce que ça donne ça. Alors que pendant tout le festival, à l'image de la querelle du dimanche matin rapportée dans ma 2ème parenthèse elliptique, on avait une certaine opposition entre les "festivaliers lambda" qui sont là pour boire et sauter partout, peu importe la musique, et les "hipsters" qui comptent bien rester exigeants et élégants en toute situation (je caricature à peine), c'est comme si d'un seul coup tout était oublié pour justement s'oublier sur ce concert, devant la minuscule scène de la tour, on tient la plus grosse ambiance depuis le début : c'est un bordel monstre.
Et puis du coup Dan Deacon s'improvise gourou, nous lançant dans un rituel consistant à fermer les yeux et poser les mains sur les têtes de ses voisins et libérer totalement ses pensées : unique.



Et puis vient Mondkopf, j'ai écouté de loin, y a eu un moment drôle où il a fait le truc du "je coupe le son" cher à Philippe Katerine, mais à part ça, l'électro pure et dure ça reste pas mon truc.

Finalement je n'aurais fait véritablement qu'un seul jour à la Route du Rock cette année, mais le plus important, c'est que j'ai réussi à vaincre la malédiction qui m’empêche d'assister au festival depuis 2007 à chaque fois pour des raisons variées, et que dans le même temps, j'ai aussi vaincu le piège de l'article de festival en me jetant droit dedans et en pondant un de mes articles peut-être les plus illisibles à ce jour.

Et puis aussi je suis devenu fan de Pulp grâce aux circonstances du festival (même si les gens sympas qui m'ont ramené à Nantes alors que j'essuyais des refus depuis une heure n'écoutaient pas Pulp, ça aurait été un peu trop en même temps, j'ai du me contenter de Foals et des Walkmen, ce qui est déjà bien, et a évité que je me soulage sur leurs sièges de joie), et je dois avouer que ça m'arrange plutôt bien, parce que non seulement j'ai déjà tous les albums, au moins sur mon ordinateur (ce qui est bien pour les écouter, vu que je n'ai pas trop internet en ce moment, déménagement oblige), que je les ai déjà pas mal écoutés, ce qui fait que les fans pédants ne pourront pas se foutre de ma gueule parce que je connais pas tout, et comme j'ai déjà vu le groupe en concert, je ne regretterais jamais de les avoir loupés parce que je les connaissais pas. Et en plus j'ai déjà This Is Hardcore en vinyle, ça m'évite d'avoir à chercher mon album préféré chez les disquaires : je l'ai déjà.
Ça peut sembler évident comme ça, mais si j'étais devenu fan de Muse ou Tryo par accident les choses auraient été bien plus compliquées.

Moralité, je vais conclure cet article en reparlant de Sziget, puisque pour le mot de la fin, je mettrais celui, hautement philosophique que Lily Allen nous avait fait partager ce soir là :

" When you love it's better to know each other *rire alcoolisé* "

Merci Lily !



dimanche 31 juillet 2011

L'été ne passera pas.



Il y a des tonnes de bonnes raisons d'...

Non, je vais arrêter un peu avec cette série d'article qui aurait du n'être qu'un seul article, mais comme je fais rarement ce que je prévois ici, j'en ai fait cinq, ça permettait de continuer à publier en période de [foirage de] partiels (non parce qu'écouter des chansons qui parlent de l'Amylase ne permet pas d'avoir des notes à deux chiffres en biochimie, contrairement à ce que l'on eut pu penser), et donc de ne pas faire de coupure dans la parution.

OK, dur.

Enfin, je reviens avec une inspiration tout ce qu'il y a de plus estivale pour publier une compilation comme pour le premier trimestre, mais pour le deuxième, oui parce que du coup, j'avais voulu mettre du The Gift et du Cass McCombs sur ce blog sans avoir le courage d'écrire un article entier (non mais de toute façon je vais pas écrire un article entier sur un groupe portugais, faut arrêter avec les pays à la con, déjà qu'on en fait beaucoup trop avec la Nouvelle-Zélande ces derniers temps), ce qui fait que maintenant, ma bonne foi légendaire et ma volonté de maintenir une cohérence ici m’empêchent de publier un article qui ne contienne pas une compilation secundo-trimestrielle.

Je pourrais te faire un truc idéal pour aller à la plage avec, ça serait sympa, sauf qu'en fait l'été c'est quand même daubesque comme saison, une fois qu'on s'est habitué aux lunettes de soleil, on se rend compte qu'en fait on est vachement limité au niveau vêtements (même si c'est l'occasion de sortir ses T-shirts de groupes); et puis surtout il y a cette abomination que sont les festivals de l'été, où on tente de se convaincre qu'on y va pour la musique, mais au final on occupe la moitié de notre journée à endormir toutes considérations musicales avec de l'alcool (ou autre), pour au final terminer devant des concerts qu'on trouvera bons, jusqu'à ce que l'on revoit le même groupe net et qu'on se rende compte qu'on avait vraiment trop bu la dernière fois.
Sauf que le pire, c'est que si on ne fait pas de festivals, on ne peut pas s'empêcher de se sentir coupable (pour preuve, je risque de terminer à La Route du Rock alors que je suis en stage environ 1000km plus au sud).

Dans ces titres, tu l'auras compris, tu ne trouveras ni le dernier CSS pour t'agiter, ni des groupes qui n'ont pas vraiment de sens une fois l'été fini comme Fool's Gold ou I'm From Barcelona, tu ne trouveras pas non plus de Connan Mockasin pour te détendre, et puis de toute façon ma préférence pour 'Egon Hosford' aurait rendu les choses difficiles.

Bon, y aura quand même du Beirut parce que le dernier album est vachement bon. J'aurais aussi envie de te mettre 'Let Go' d'Animal Collective, ou bien du Kakkmaddafakka mais ça ferait abus de joie de vivre.

Donc une compilation qui aura pour thème "L’Été ne passera pas !", et je t'épargnerais Wu Lyf parce que ça a beau être assez anti-estival, j'accroche pas du tout à la voix, et puis je ne peux m'empêcher de me questionner sur l’honnêteté d'un tel groupe (le "on veut pas être hype, mais on fait tout pour" me dépasse), tu n'auras pas le droit non plus au dernier Horrors qui refroidi bien comme il faut, et permet de constater que Faris Badwan n'hésite pas à violenter son public autant avec sa musique que physiquement sur un concert, mais bon, il a leaké un poil trop tard donc ça sera non.


Ces images de leur concert au Merriweather Post Pavilion font que la tentation est grande de les intégrer, mais tu ne trouveras pas Animal Collective dans cette compilation.

Bien, maintenant que j'ai perdu tout ceux qui étaient un temps soit peu motivé en commençant l'article, autant que j'attaque la raison principale de son écriture.


Ça commence avec 'A Title' de Brian Eno, soit le mec à propos de qui tout le monde se contente d'écrire "personne n'ose dire qu'il trouve ça mauvais" sans jamais nous dire si ça l'est ou pas, comme si on était en enocratie et que l'on ne pouvait pas dire ce qu'on pense sur les enorques (ceux qui sont approuvés par le messie, pas simplement des gens qui sont passés par l’École Nationale de l'Onanisme) qui nous gouvernent. Bon, il faut l'avouer que quand le type qui est déjà un poids lourd, se permet d'avoir aussi les textes d'une beauté hallucinante (et ce même avec une compréhension orale de l'anglais assez bancale) de Rick Holland, ça donne un contenu imbitable aux premières écoutes et difficile aux suivantes. À l'image de cet article, la compilation élimine donc d'entrée les moins courageux (ou les plus intelligents, question de points de vue).

Sinon Brian Eno il est gentil, mais va mettre une chanson après une des siennes sur une compilation ... Du coup j'ai du intercaler 'Peace On The Rise' de Chad VanGaalen (parce qu'un mec qui réussit aussi bien le mélange entre folk et bruitisme, ça ne court définitivement pas assez les rues pour que je le snobe, et puis il a fait un clip beau mais bizarre pour cette chanson, comme à son habitude, c'est donc une bonne raison de plus) avant 'Speaking In Tongues' (pour montrer que David Byrne, après avoir pas mal bossé avec Brian Eno sait toujours bien s'entourer, comme avec Arcade Fire cette fois-ci, et aussi parce que j'écoute beaucoup 1977 des Talking Heads en ce moment).




Après ça j'envoie deux très grosses chansons des trois derniers mois : 'Swallowing The Decibels' de Yeasayer parce qu'on peut dire ce qu'on veut comme quoi c'était mieux sur le premier album, tout ça tout ça, le titre reste énorme, et ce "We're going nowhere but we won't stop trying swallowing the decibels" c'est tellement le sens de la vie ... Love Inks sur Skeleton Key arrivent à produire une chanson tellement hypnotique avec aussi peu de moyens qu'ils méritent définitivement que l'on s'intéresse à eux. Après ça une grosse redescente en intensité mais pas en qualité avec les Favourite Sons et leur Great Deal Of Love : une formule simple vue et revue : du folk traditionnel avec des textes qui font mouche, mais ils le font bien, donc pas de problèmes.

Je te parlais de néo-zélandais un peu plus tôt, en évoquant Connan Mockasin dont je n'ai jamais parlé sur ce blog, ce qui tombe plutôt bien puisque je met uniquement des artistes dont je n'ai jamais parlé dans ma compilation, c'est pour ça que je t'ai mis Flying Machine par Battle Circus, soit en une fois une chanson presque aussi longue que celles de Cass McCombs et The Gift rassemblées : une chanson très réussie car sa pop peu linéaire et bancale fait son charme, à l'image des "machines volantes" que l'on peut voir dans le clip.




Ensuite un type dont je t'ai déjà parlé et dont j'apprécie beaucoup le travail : Devonte Hynes. Gros problème, sa dernière actualité vaguement lié à la musique était une apparition aux côté de Macaulay Culkin dans Wrong Ferrari, le très dispensable film d'Adam Green qui ferait mieux de reconnaitre que ses talents pour la photographie et le cinéma sont inexistants. Blood Orange c'est un peu décevant au début quand on s'attend à du Lightspeed Champion, mais passé cette première impression on succombe aux chansons qui vont chercher beaucoup plus loin : ça va régulièrement taquiner le math rock et on entend toujours au minimum trois trucs en même temps, ce qui fait qu'on met souvent en pause en se disant "putain, j'ai encore une vidéo qui s'est lancée sur une fenêtre ... attend voir, je suis même pas connecté à internet".




Comme annoncé au début, je n'ai donc pas pu m’empêcher de mettre 'East Harlem' de Beirut, parce que c'est un réel plaisir de voir le groupe revenir à son meilleur niveau, après un précédent album un peu décevant car pas vraiment nouveau, avec ce single on a du très bon Beirut, enfin, ça vaudra jamais 'Nantes' à mes yeux mais mon point de vue sur la question est assez biaisé en fait.

Et puis pour terminer j'ai mis 'We Are Young' d'Ennui (parce que tu sais, des fois on écoute un groupe seulement à cause de son nom) : une voix légère sur un instrumental bien dense, là encore une formule pas vraiment neuve mais qui marche à merveille.

Et pour écouter tout ça c'est sur 8tracks (parce qu'avec Mixcloud ça marchait moyennement : concaténer des chansons au bloc-note étant une idée moyenne).


Et je ne pouvais pas conclure sans te mettre ma chanson du moment : la reprise de 'Only Girl (In The World)' de Rihanna par Xiu Xiu, parce que la voix paranoïaque de Jamie Stewart sur un tel texte, c'est juste du bonheur en barre.

jeudi 16 juin 2011

Just cause we can't see the bars don't mean we aren't in prison


Il y a un paquet de raisons d'écouter un disque, certaines paraissent parfaitement débiles, mais aucune n'est absolument mauvaise.

Des fois, tu dois beaucoup à la presse, c'était déjà un peu le cas pour Yuck, puisque sans Magic je n'aurais jamais su qui étaient les membres du groupe. De même sans Voxpop je ne me serais probablement jamais intéressé à Sound Of Rum.

Et ça aurait été sacrément dommage, car des albums de la trempe de Balance, ça ne court pas les boutiques.
Il enthousiasme de la première à la dernière note, Rumba est l'un des meilleurs albums-opener qu'il m'ait été donné d'entendre ces dernières années : il présente d'entrée la recette qui va nous combler sur 12 chansons : à savoir le flow super accrocheur de Kate Tempest, rapide mais sans tomber dans le ridicule du Pale Kid Rapping, où elle pourrait pourtant mettre une rouste à la plupart des concurrents; flow auquel s'ajoutent et la guitare d'Archie Marsh, qui tout au long de l'album montre que, malgré sa préférence pour le jazz, il peut jouer dans à peu près tous les registres, et la batterie de Ferry Laurenson, qui non content d'enterrer tous les samples imaginables, parvient à donner une fluidité remarquable et tout en roulements au son du groupe.

Ces 3 là ont l'habitude de jouer ensemble et ça s'entend. Pour tenter de te donner des éléments de comparaison je vais te parler de ma première journée au Sziget Festival il y a bientôt 2 ans :

C'était ce qu'on appelle le Day 0, à savoir, presque que des groupes locaux, et une grosse tête d'affiche, généralement surprise. Ouais, sauf que cette année là la tête d'affiche était remplacée par un concert 'Love Music, Hate Racism' qui rassemblait un certain nombre de musiciens britanniques, avec entre autres Drew McConnell, Lee Mavers et une pelletée de rappeurs dont je ne connais pas le nom.
Avant ça, il y avait un autre concert intitulé 'Miles In India' : l'ancien backing band de Miles Davis qui jouait avec quelques musiciens indiens qui avaient ramenés leurs instruments traditionnels. Ce qui impressionnait le plus, ce n'était pas les mélodies de sitar qui donnaient envie de chanter 'Within You And Without You', c'était la capacité qu'avaient les musiciens à improviser aussi longtemps sans en donner l'impression : sans entendre aucune pause ou changement, tu pouvais quand même voir que le rythme était différent à chaque fois que tu te concentrais dessus. Les musiciens avaient tellement l'habitude de jouer ensemble qu'ils se comprenaient instantanément sans un mot.
J'eus à peine le temps de me remettre de ce concert, puisque le 'Love Music' avait déjà commencé sur la grande scène, et qu'en tant que fan de Mongrel, je ne voulais pas en louper une miette sachant que la majorité des membres du groupe était présente, et puis si jamais Lee Mavers chantait 'There She Goes' je voulais voir ça aussi. Sauf qu'en fait le set se composait principalement de reprises de gros tubes rock, quand je suis arrivé, ils étaient en train de jouer 'White Riot', j'ai alors profité de l'agitation dans la foule due au titre pour lâcher mes potes qui mettaient trois plombes à bouger leur cul à chaque fois (que j'ai d'ailleurs retrouvés par un hasard le plus total 2h30 plus tard) et atteindre les premiers rangs (pour les premiers rangs, j'ai surtout dû beaucoup à mon sans-gène décuplé par l'association alcool-Clash période punk). Et la vue du concert à cette distance m'a permis de constater que l'énergie de titres, pourtant rock à la base, ce n'est pas de la présence d'un groupe rock derrière qu'elle venait, encore moins de celle de Lee Mavers qui faisait plus penser à une grand-mère à qui on aurait mal indiqué la localisation du club tricot, mais bien des quelques MC et beatboxers qui s'agitaient sur le devant de la scène.
Et j'en ai vu pas mal des groupes cette semaine là, mais à aucun moment je n'ai trouvé une harmonie entre les membres du niveau de celle du Miles Davis Band, ni une énergie comparable à celle du 'Love Music'.

Ce qui est beau, c'est qu'avec Sound Of Rum, on retrouve les 2 éléments que je viens de décrire : on pourrait parfois penser à une entité à 6 bras tant les instruments sont organisés, mais l'énergie déployée ne peut venir que d'un groupe aussi libéré musicalement.

Et puis l'album est à la fois diversifié et équilibré (et porte donc parfaitement son nom), l'interlude Balance, d'apparence assez légère est on ne peut plus éloigné de l'épique 'Prometheus' (oui, parce que le groupe fait aussi volontiers dans le mythologique : on retrouve aussi 'Icarus' sur l'album, à se demander si la véritable orthographe ne serait pas Sound Of Rome).
Best Intentions enchaîne à merveille arpèges de guitares lumineux qui pour un peu rappelleraient Johnny Marr et rythmiques denses portées par l'association voix-batterie.
En écoutant le disque tu auras aussi droit aux tubesques 'Slow Slow' ou 'End Times', au featuring on ne peut plus convaincant avec Polar Bear 'Concrete Pigeons', au quasi-punk 'Breakthrough'. Et à chaque fois avec des textes de qualité, même si c'est franchement pas évident à saisir si on est pas du cru : après pas mal d'écoute j'ai encore beaucoup de mal à comprendre ne serais-ce qu'un mot sur 2, mais au fond c'est même pas ça le plus important.

Un album qui amène une fois de plus à s’interroger sur l'injustice anglaise : alors que Mike Skinner a à peine annoncé la fin de The Streets, la relève est déjà plus que bien assurée (puisque les Sound Of Rum ne sont pas seuls), le jour où ça se passera aussi facilement chez nous ...

jeudi 2 juin 2011

Bear Hug





Je pense qu'il est inutile que je te refasse l'éternel paragraphe exprimant tout mon amour pour Animal Collective. Toujours est-il que celui-ci couplé avec l'annonce par Panda Bear de chansons nouvelles et d'un retour à la batterie pour sa part, ainsi que d'un retour de Deakin dans le groupe de manière plus générale, avaient été suffisants pour me faire enchaîner l'aller-retour Montpellier-Paris au Montpellier-Toulouse.

note : dans tout l'article les noms des nouvelles chansons seront les noms provisoires utilisés pour les bootlegs, et plus particulièrement dans celui du concert au Cirque Royal de Bruxelles, parce que c'est la même setlist et parce que les bootlegs de Bruxelles c'est classe (confère le légendaire 23 minutes over Brussels de Suicide). Si tu n'as pas prévu d'aller voir le groupe en concert, je te conseille de l'écouter même si on ressent moins de chose qu'en vrai. Les photos quand à elles sont celles du concert à la Meet Factory de Prague, parce que j'ai pas trouvé de photos qui me plaisaient du concert à Paris.

TP et problèmes avec le métro obligent, je ne verrai pas Emeralds, pourtant très bons a priori. Discodeine, qui jouent ensuite avec Thomas Bloch ne me convaincront pas particulièrement, je ne connaissais bien que leur titre Synchronize avec Jarvis Cocker (toujours lui) et ne trouverais pas grand intérêt à ce concert.

Comme je réitère toujours mes erreurs (voir mes problèmes avec les concerts des Arctic Monkeys), la décision de prendre une bière avant Animal Collective manquera encore une fois de déboucher sur un placement désastreux (en même temps quelle idée de mettre que 3 pompes à bière dans une salle aussi grande).

Du point de vue des lieux, la Grande Halle Charlie Parker est un hangar haut de plafond et assez froid. La seule fois où j'ai fait un concert dans une salle comparable, c'était aux Nefs de Nantes, c'était pour les Dead 60' et surtout c'était gratuit. Il faudra donc s'adapter à cette ambiance et à cette acoustique très moyennes.

Heureusement, les chansons sortent assez peu altérées, et surtout les éléments qui m'avaient fait sortir légèrement déçu du concert à Nantes en 2009 ne sont plus là : la setlist est composée presque exclusivement de nouveaux titres qui ne sont pas dans le direct prolongement de Merriweather Post Pavilion comme on aurait pu le craindre : les Animal Collective ont fait une pause interprétée par certains comme un possible arrêt définitif, mais ils reviennent avec un album qui s'annonce des plus enthousiasmants.

C'est du point de vue de la scène que vient la première surprise de ce concert : ce n'est pas du tout la même que sur la tournée précédente, avec la batterie et les guitares, en faisant abstraction des quelques machines on pourrait croire que l'on s’apprête à voir un groupe de rock très classique.
Et le côté "vrai groupe" ne s’arrête pas là, le retour de Deakin "décoince" réellement le reste du groupe : il est le plus agité sur scène et transmet tant qu'il peut son activité aux autres membres, Geologist en tête.
Pour couronner le tout, Avey Tare nous adressera même la parole autrement que pour nous remercier à la fin du concert.

Et les chansons sont bien entendu la surprise de taille. Le nouvel album s'annonce assez world music, avec des sons et des rythmes toujours plus tribaux. Les 2 premières chansons du concert empêchent tout doute : si Pulse est surtout une entrée en matière que l'on écoute en se demandant 'Mais, Avey Tare s'est laissé pousser les cheveux ? ah mais non, c'est Deakin qui chante', on y entend néanmoins des bruits venus de la jungle. Let Go confirme on ne peut mieux ce sentiment, pour un peu on danserait la samba dessus : l'un des titres les plus entrainants du concert.



Le choix de Did You See The Words pour poursuivre le concert est révélateur : ce nouveau disque pourrait très bien être le successeur de Feels tant à première vue il n'a rien à voir avec les 2 "albums Domino"; logiquement, une partie du public sortira désarçonnée et déçue. Heureux ceux qui ont toujours préféré Brothersport à My Girls donc, non seulement parce qu'elle est la seule chanson qui aurait pu annoncer un tel concert, mais aussi parce qu'après 2 excellents titres dans la veine des 2 premiers, la batterie de Knock You Down/Nightmare Now (que je t'invite à aller voir ici, autant pour la chanson que pour les pas de danse de Deakin), l'une des chanson les plus fascinantes du set, se transforme peu à peu en celle de Brothersport. L'une des rares occasions d'entendre Panda Bear pendant le concert, après Take This Weight/Light Homes, sur laquelle on peut entendre des harmonies avec la voix d'Avey Tare parmi les meilleures que le groupe ait faites : un morceau tellement beau qu'il a failli me faire verser quelques larmes.

On aura ensuite droit à Mercury qui a tout d'un single potentiel, un peu plus synthétique que les chansons précédentes, puis vient Your Choice/Curfew : une délicate montée en puissance très belle aussi, et un Frights/Old Storm, morceau assez court mais dont la batterie sur la fin annonce We Tigers et par la même un gros réveil du public qui a enfin ce qu'il attend, d'autant plus qu'après une transition des plus brutale et désagréable il aura droit à un Summertime Clothes des plus superflus : Avey Tare et Panda Bear ne chantent même pas en phase, sans compter qu'elle ne colle pas du tout avec le reste de la setlist et que de toute façon à part Brother Sport je n'aime pas les chansons de Merriweather Post Pavilion sur scène.
Ce qui est quand même bien, c'est que du coup le public est content et réclame un rappel (avec force 'à poil' que je ne m'explique toujours pas), celui-ci commence avec Pressed Out, qui se distingue pas mal des autres nouveautés par son côté plus clair et posé, presque une comptine, peut-être qu'on la retrouvera plutôt sur l'EP petit frère du prochain album. Enfin, Sermon finit de nous donner l'eau à la bouche en confirmant une dernière fois la nouvelle direction du groupe.

Au final ce concert me laisse à penser que j'écoute beaucoup trop ce groupe, puisque j'ai l'impression que je ressors avec un sentiment différent voir opposé à un certain nombre de personnes, et surtout parce que j'ai reconnu Brother Sport et We Tigers tellement vite que j'en suis effrayé.

Et puis j'ai aussi vu Caribou en concert gratuit le lendemain, mais vu que ça ressemblait pas mal à leur concert à Montpellier je ne m'étendrais pas dessus, surtout que je suis parti juste quand ils commençaient Jamelia : déprimant.


mardi 19 avril 2011

It's Just A Papercut



Après m'être cassé les dents pour pécho des disques au Record Store Day (ou plus exactement avoir laissé un bout de résine sur un chewing-gum en en revenant, mais ça faisait une bien moins bonne intro), sans même réussir à mettre la main sur Swallowing The Decibels des Yeasayer l'idée m'est venue de faire une sorte de top des 3 premiers mois de 2011, d'une part parce qu'il y a eu nombre de sorties énormes, d'autre part parce que comme d'hab j'ai pas pu parler de la moitié des disques dont j'aurais souhaité te toucher un mot.
Je le ferais sous la forme d'une compilation qui, mauvaise foi oblige se basera aussi bien sur la date de sortie physique du disque que sur celle du leak (et parfois même ni sur l'un ni sur l'autre), en fonction de ce qui m'arrange. De toute façon c'est surtout l'occasion de m'étendre sur certains albums sur lesquels je n'ai jamais écrit de chronique entière.

Je commence avec Erland & Carnival, des anglais dont le premier album fait pas mal penser aux Coral de Nightfreak & The Sons Of Becker, avec des claviers et des guitares qui sont tantôt sombres tantôt barrés, ce 'This Night' met assez bien en valeur la ressemblance.
Ensuite, 'Rolling In The Deep' d'Adele qui est tout simplement la chanson la plus efficace de ce début d'année, et puis, même si il n'est pas encore exclu que je te fasse l'éloge de Tomboy dans un article entier, je te met quand même 'Alsatian Darn', qui était déjà l'un des titres les plus magnifiques des 45 tours qui ont précédé l'album et qui est aussi l'un des (nombreux) grands moments de Tomboy.
Et comme j'aime bien les enchaînements improbables , je t'ai mis à la suite Fergus & Geronimo : des petits cousins des Black Lips, et Lykke Li qui non contente d'avoir sorti un très bon second album, s'était aussi attaquée au 'Will You Still Love Me Tomorrow' des Shirelles, déjà repris par les Zombies, Brian Ferry ou plus récemment Amy Winehouse, c'est dire si la barre était haute, pourtant sa version toute en fragilité ne manque pas de nous toucher elle aussi.



J'avais commencé une chronique de Gimme Some de Peter, Bjorn & John en disant qu'ils étaient un peu l'équivalent de Régis Chen (oui, dans Pokémon le mec où tu pouvais faire n'importe quoi, il était toujours devant toi) pour l'indie rock, en effet, avec des titres comme 'Dig A Little Deeper' ou '(Don't Let Them) Cool Off', ils font respectivement du Vampire Weekend ou du Blood Red Shoes mieux que les intéressés. Le groupe est tellement au sommet du point de vue technique et composition qu'on est incapables de leur reprocher leurs quelques emprunts (la basse de 'Eyes', c'est 'His Latest Flame' d'Elvis et le refrain de 'Down Like Me' c'est 'Into My Arms' de Nick Cave). Ce 'May Seem Macabre' quand à lui se base sur une guitare aux accents Math Rock portée par une section rythmique au top : un des nombreux indispensables de l'album donc.

Après je me suis dit que si je te mettais seulement 9 chansons, il fallait au moins que je t'en mette des longues, rassemblées, les 2 suivantes dépassent donc les 20 minutes : au programme, un groupe portugais dans une tentative réussie de 'Bohemian Rhapsody' Indie (je te promet que ça ne sera pas ce à quoi tu t'attends), et un poignant A 'Knock Upon The Door' interprété par l'excellent Cass McCombs; en tout cas 2 chansons qui même en flirtant avec les 10 minutes nous font nous dire "déjà ?!?" quand elles finissent.

Pour conclure, 'Can't Be Saved', la face B de Slow Slow, premier single des Sound Of Rum, groupe anglais qui joue un Spoken Word/Hip Hop avec des musiciens en chair et en os. Ce qui fait que la guitare contrebalance à merveille le flow de Kate Tempest, 'Slow Slow', dans un style totalement différent vaut aussi le détour, à vrai dire je me suis décidé entre les 2 titres à pile ou face, du coup je te met quand même le clip du perdant.



Et pour écouter tout ça c'est ici.


Irlhtd A Sélectionné Pour Vous (1er Trimestre 2011) by Heard on Mixcloud




Ou alors vu qu'il semblerait que je sois un des seuls à pouvoir l'écouter sur Mixcloud, tu peux essayer la version 8tracks ici.