mercredi 23 janvier 2013

Sans désir



C'est extrêmement cliché mais ainsi est la pop. Moi je l'aime quand elle fait voyager, je l'ai déjà dit ici et.


J'attire plus particulièrement ton attention sur l'article qui traite de Shipbuilding Company : j'avançais le côté dénué d'influences de sa musique, mais lui trouve beaucoup de similitudes avec Exorcise, le premier album des islandais de Tilbury, sorti en mai dernier. Après à savoir si les bougres ont écouté Radio & Flying Birds ou si la particularité des terres islandaises permet de retrouver cette absence d'influence, je ne me prononcerais pas.

Ecouter Tilbury c'est voyager la tête dans la Lune : pour aller plus loin sans forcément décoller les pieds du sol. C'est découvrir naïvement une ville en s'y promenant au hasard, mais toujours le nez en l'air.
On ressent dans leur musique une candeur des plus rafraichissantes, elle n'est pourtant pas creuse pour autant.

En fait elle est un peu à l'image du clip de Drama : on ne comprend pas trop ce qui se passe, alors autant s'en réjouir. Un peu comme les quelques moments où l'ivresse d'après quelques verres est purement joyeuse.



Dans ce genre d'articles, la transition est facile : il suffit de partir encore plus loin.

Ça tombe plutôt bien, Shugo Tokumaru vient de sortir In Focus, un album fort appréciable.
Je ne vais pas me la jouer, je ne m'étais encore jamais intéressé à un album du type et je n'ai aucune connaissance en ce qui concerne la culture japonaise. Pourtant, je vais quand même réussir à lier sa musique à celle du seul autre artiste japonais qui me vient à l'esprit : Katsuhiko Mueda ou World's End Girlfriend. Pas grand chose à voir à première vue, si ce n'est la capacité à créer des compositions fascinantes par un assemblage de motifs relativement simples. Ce sont tout deux des orfèvres capable de te faire les plus magnifiques des bijoux en utilisant uniquement des perles en plastique.

Là encore, cet aspect apparaît à la fois dans la chanson et la vidéo de Katachi : concrètement, on voit uniquement des bouts de papier découpés, mais c'est leur association qui émerveille.


lundi 7 janvier 2013

If your heart is broken





Aujourd'hui je suis venu écrire mon premier article de 2013, pas pour dire que je m'en vais comme le font certains en ce moment, il est vrai que l'idée m'a parfois plus qu'effleuré ces derniers temps, tant la blogosphère est devenue moribonde et suscite peu d'intérêt (c'est en ce moment que je m'investis le plus dans mes articles mais mon nombre de visites n'a jamais été aussi bas).

Non, en 2013 je resterais, probablement avec encore moins d'articles, vu que je suis actuellement sur le point de terminer mes études et m’apprête à entrer dans ce qu'on appelle la vie active, je t'avouerais qu'il y a plus rassurant et que, même si sans un minimum d'inconfort je suis incapable d'écrire des articles, je n'ai aucune idée ce qu'il en adviendra dans le monde du travail.
L'autre raison c'est que plus le temps passe, et plus j'ai davantage envie de vivre la musique que d'en parler. Désormais, je joue plus facilement une chanson que j'écris un article dessus, du coup je cherche à voir si j'arriverais à parler d'autre chose.

Enfin, assez parlé de moi, ce qui me sort aujourd'hui de mon mutisme, c'est l'album de Christopher Owens.
J'avais parlé de Girls dans des lignes autres que celles-ci et j'étais déjà frappé par la simplicité de l'expression musicale du personnage, ses textes sont à la fois immédiats et développés et sa musique transmet à elle seule le sentiment des chansons (et j'ose espérer que si je me sens concerné par ce qu'il dit, ce n'est pas seulement parce que je rentre dans la catégorie osseux aux cheveux sales de Honey Bunny).

Cet album solo qui débarque après son abasourdissant départ du groupe qu'il avait lui-même fondé était l'un de mes disques les plus attendus de ce début d'année. Le thème et Here We Go m'avaient déjà mis l'eau à la bouche. Cette simplicité apparente touchait une fois de plus.
Car ce thème, c'est juste quelques accords simples, le genre de chose que l'on devrait trouver rapidement irritant après quelques répétitions, et pourtant, chacune de ses nombreuses apparitions tout au long des chansons est enthousiasmante. L'album pourrait se passer d'un fil conducteur, mais le thème en remplit quand même le rôle, comme ça à première vue, le seul album relativement récent que je vois utiliser ce genre de procédés, c'est Speakerboxxx de Outkast, rien à voir donc, non, si cette utilisation du thème m'amène à une référence, elle est ancienne et cinématographique, c'est le leaning on the everlasting arms de Harry Powell/Robert Mitchum dans The Night of the Hunter qui nous maintient à lui seul dans le film, car ne plus l'entendre c'est perdre le personnage central et le sens même du film. J'avais trouvé cet aspect parfaitement bien retranscrit par Pierre Fablet et son groupe, The Night of the Hunter Project, vus en première partie de A Silver Mt. Zion il y a quelques années, qui réinterprétait instrumentalement ce film, là encore ce sont les retours réguliers des leanings qui étaient les moments les plus forts. Christopher Owens parvient à reproduire cet effet sans se baser sur rien, admirable.

Derrière cette répétition de quelques notes, le disque est à cent lieues de se répéter, sur seulement 28 minutes il me donne l'impression d'un Sandinista! de poche, ça fait plusieurs fois que je te parle de cet album, mais c'est parce qu'il constitue pour moi l'un des plus aboutis artistiquement du siècle dernier, à un point tel que je l'aimais avant de l'avoir entendu, rien qu'en entendant parler du concept, mais je ne vais pas m'étendre sur mon amour pour les Clash, j'ai déjà commencé un article sur le sujet (et d'une certaine manière sur pourquoi j'aime la musique) après avoir lu celui-ci.

On pourrait tenter de résumer ce disque à un quart de Sandinista! polarisé par Riviera Rock, instrumental assez anodin aux premières écoutes, mais dont la position centrale prend tout son sens par la suite, il apporte un désordre sans lequel la seconde partie, instrumentalement moins chargée ne se tiendrait pas, l'alternance de richesse et de sobriété instrumentale donne une fluidité à l'album qui était la seule chose qui manquait à Sandinista!. Love Is In The Hear Of The Listener et Everywhere You Knew s'appuient sur le titre Lysandre tout en lui permettant d'exister. Et c'est cette fluidité encore qui permet à l'album de se terminer sur un définitif et déprimant "that part of me is gone" sans couper l'envie de le réécouter.

Pour faire court, on est le 6 Janvier et, même si au final je ne fais jamais de listes, j'ai déjà un disque dans mon top de fin d'année.

mardi 27 novembre 2012

As ill as I am, I am

Je pensais enchaîner la saison sereinement en prenant les concerts les uns après les autres dans mes reviews, mais comme je fais rarement ce que j'ai prévu de faire ici, je vais te parler de ma dernière sortie au concert de Why? puisque je n'ai pas d'autre choix.

Je passe rapidement sur Naytronix, la première partie, ils ont des T-shirts qui brille et c'est électronique, très proche de Hot Chip a priori (je connais à peine Hot Chip en fait, donc j'en sais rien, mais c'est ce qu'on m'a dit). Pas totalement désagréable pour une première partie (même si l'efficacité de leurs titres s’essouffle au fur et à mesure du concert), mais totalement éclipsé par ce qui suit.


D'entrée de jeu, je me dis pourtant que j'ai bien fait de venir quand je vois que la composition du groupe est bien plus étoffée que le guitare/basse/batterie que j'avais vu la dernière fois. Cette fois, deux batteries tunées (incluant des xylophones et autres joyeusetés) se font face sur chaque bord de la scène, entre elles, des claviers, des guitares et une basse. Le groupe s'est aussi ouvert aux individus ne portant pas de chromosomes Y, le concert commence d'ailleurs avec des chœurs féminins, on se demande à quelle intro de Mumps, etc on a à faire, et on découvre avec stupeur qu'il s'agit en fait de Good Friday. Tout ébaubis que nous laisse cette magnifique réorchestration, il nous faudra quelques chansons de Mumps (en l'occurrence Jonathan's Hope et Kevin's Cancer) pour identifier précisément ce qui nous affecte tant : c'est la batterie, très mise en avant mais pour une fois ça n'a rien à voir avec l'accident Rockstoresque habituel tant on sent que tout est voulu pour qu'elle puisse mieux nous prendre à rebrousse-poil. Les chansons de Mumps bénéficient ainsi de l'absence de linéarité qui faisait la force d'Eskimo Snow (au passage, mention spéciale aux ingés son du Rockstore, qui sur mes deux derniers concerts dans cette salle avant très longtemps ont offert un son tellement parfait qu'il efface d'un coup tous nos précédents griefs, eu te absolvo).

La setlist tourne surtout autour de Mumps et Alopecia, mais au risque de me répéter, le travail effectué sur les titres d'Alopecia est ÉNORME et le résultat MAGNIFIQUE . Les ajouts sont très up-tempo comparés à l'album (chœurs déjà évoqués, xylophones, notes de clavier montantes ...) mais n'enlèvent rien à la puissance des chansons, maintenue par les frères Wolf, avec batterie et voix. The Hollows devient une merveille douce-amère, A Sky For Shoeing Horses Under encore plus hymnesque, The Vowels et Twenty Eight sont profondément adoucies tout en restant prenantes, et que dire de These Few Presidents qui, à titre personnel, m'a littéralement fait fondre.

Pour achever de convaincre, le groupe ira aussi piocher Crushed Bones et Gemini sur Elephant Eyelash. Pour la première, on croit pendant un instant entendre une chanson de François & The Atlas Mountain, la seconde va encore plus loin puisque c'est seulement après quelques minutes qu'on écarquille les yeux "putain ! c'est Gemini !", mais là encore, les ajouts sonnent profondément justes et comme toutes les autres "nouvelles versions" des titres, le résultat paraît évident.

Au fond le groupe aurait pu me faire aimer ce concert assez facilement : jouer tout l'EP Sod In The Seed, pas mal de titres d'Eskimo Snow et rajouter un Fatalist Palmistry pour bien faire tout en limitant les titres de Mumps. Ils ont fait à peu près tout l'inverse mais ma revue est pourtant sans équivoque : ce concert était MAGIQUE et manquer Why? sur cette tournée serait une DRAMATIQUE erreur. Ne la commets pas !

mercredi 21 novembre 2012

The Haunted Proof


À peines mes tentatives de rattrapage de retard de revues entamées, je commence déjà à digresser.

Ouais parce qu'aujourd'hui je vais parler filles, en commençant par Bat For Lashes.

Je t'avais déjà dit tout le bien que je pensais de Laura, et tout reste vrai. Sauf que, si le titre est de loin le meilleur de l'album, et si All Your Gold, le second extrait était de bonne facture aussi, The Haunted Man sonne dans son ensemble plutôt insipide
La faute peut-être à trop d’électronique qui nous font oublier qui on écoute (Oh Yeah, Marylin, Rest Your Head), au côté braillard/entêtant se voulant machinesque (néologisme issu de Florence + The Machine) de certains titres (The Haunted Man, Lilies, ou encore Rest Your Head, je pense que tu comprendras que j'ai vraiment du mal avec cette chanson).
Toujours est-il que cet album, le troisième et donc celui de la maturité et de toutes ces conneries ennuyantes, pue beaucoup trop la rentrée dans le rang et est totalement dénué de la candeur tant appréciable des 2 premiers disques. Après tout, la Khanette a 33 ans, peut être que musicalement il n'y a plus tant que ça à en attendre.

Tel que tu me connais, tu sais que je ne vais pas m'arrêter là, tout féru d'oppositions que je suis.

Je vais donc te parler de Kate Nash. Elle, on l'a entendue en 2007 : à l'époque, on s'était dit : "ouais, c'est mignon, enfin bon ...", il faut avouer qu'un titre comme Foundations était à la fois bien orchestré et produit, mais relativement lisse et chiant au fond.
Et puis elle avait annoncé son second album avec I Just Love You More, sur lequel on avait plus l'impression d'entendre Karen O, même si My Best Friend Is You restait dans l'ensemble un prolongement de Made of Bricks.

Sur l'EP Death Proof, le changement de voie/voix est consommé, la ligne de basse de la chanson titre, inspirée du film de Tarantino, nous cueille d'entrée et ne nous laisse aucun doute. Mais ce qui est fort appréciable, c'est que tout en proposant de la nouveauté, la demoiselle ne se limite pas à du garage un peu sale. même si I Want a Boyfriend est criarde bien comme il faut, Fri-end reste sucrée, mais avec un trait de whisky par dessus pour faire flamber le dessert de ce dernier repas avec cette personne qu'on avait prise pour une amie. May Queen joue sur un registre à première vue à contre-emploi de l'EP : tout en clavier et douceurs, mais avec une voix légèrement éraillée qui témoigne du virage effectué. Et puis il y a cette reprise de All Day and All of the Night des Kinks, dont ma hantise à la première écoute était qu'elle fusse de la même facture que l'horreur concoctée par Ray Davies et Billy Corgan sur See My Friends en 2010. 
Loin de là, la reprise est pleine de tension, mais nous montre que pour suggérer celle-ci de manière véritable, un petit orchestre à corde s'avère bien plus adapté que n'importe quelle guitare saturée. Bien entendu, les refrains s'accompagnent d'explosions de guitare, mais l'interprétation est pleine de subtilité et fait durer le plaisir sur 5 minutes : une vraie bonne reprise.

Et grâce à cet article, je peux ajouter "vanter la musique de Kate Nash par rapport à celle de Natasha Khan (tiens, elles ont les mêmes initiales mais à l'envers !)" à la liste des choses que je n'aurais jamais pensé faire il y a 5 ans mais qui ne me semblent pas anormales aujourd'hui, avec "boire plus de vin que de bière", "vouloir savoir parler allemand" ou "écouter sans honte des disques des années 80 avec de la basse en slapping".

mardi 20 novembre 2012

REPONDS !

Alors histoire de repartir sur de bonnes bases, pour ma rentrée 2012-2013, j'avais encore commencé à accumuler un retard monstre dans mes reviews, sauf que finalement j'ai un gros tas de temps à tuer qui m'est tombé dessus plus ou moins sans prévenir, il est donc possible que tu aies droit à plus qu'un post-it concernant les concerts de ces 2 derniers mois.

Je ne sais pas si c'est le fait d'avoir passé 3 mois et demi loin de mes bases, mais toujours est-il que cet article va continuer à te parler de musique française plus que je ne l'ai jamais fait.
Ouais, parce qu'en gros tu es en train de lire l'article qui était sensé marquer la reprise de la saison des concerts, mais un mois et demi après. Il faut savoir que le bilan des 2 premières journées était franco-français, même si les concerts qui ont suivi ont ramené l'ensemble de l'effectif (et pourquoi pas ?) sur des terrains plus connus.

C'était pas vraiment prévu, mais grâce à des places offertes par Voxpop, je me suis retrouvé le 13 octobre dernier, à aller voir Odezenne au Rockstore. Mis à part quelques clips regardés à la va-vite sur youtube, mes connaissances les concernant étaient inexistantes, tout juste je m'attendais à arriver dans un Rockstore relativement vide et avec beaucoup moins de casquettes qu'au concert de Sniper il y a un an.
J'avais pas totalement tort, le groupe a beau faire une musique très orientée hip hop, le public reste relativement proche de celui que l'on retrouve habituellement sur les concerts de rock indépendant, en plus déguisé et moins habitué (en témoigne ce jeune homme aux grosses lunettes qui est allé demander un cognac au bar du Rockstore). Cela dit, la salle est bien remplie.
L'organisation du groupe est assez surprenante : un guitariste/claviériste qui s'active, souvent dos à nous, sur de grosses machines placées à la verticale de manière à nous faire face, et qui occupe presque la moitié de la scène, un DJ et 2 MC. On retrouve l'honnêteté et l'énergie propre aux concerts rap que je décrivais toujours dans ma revue de Sniper, sauf que le groupe en est à sa première tournée, donc se donne vraiment sans compter dans un spectacle tout sauf calibré. À l'écoute, on peut reprocher au groupe une certaine facilité dans les textes, mais sur scène, leur fraîcheur balaie toute les critiques.

Moins d'une semaine plus tard, j'allais profiter de la fraîcheur d'un autre artiste : j'ai nommé Didier Super.
Dans un premier temps, les locaux de Iaross ont balayé tous les a priori négatifs que j'avais sur eux après la dernière fois que j'avais eu l'occasion de les voir en concert, toujours quelques passages qui semblent un peu prétentieux au niveau du texte, mais un contenu musical bien plus étoffé qui fait qu'on a beaucoup moins l'impression de devoir venir, s'asseoir et écouter, pour le coup c'est beaucoup plus proche de ce que j'attends d'un groupe.
Ensuite vint Dimoné, un autre artiste local dont je n'avais encore jamais entendu parler : le genre de type qui sait qu'il ne fera rien d'autre que des concerts en première parties dans des petites salles de la ville, mais que ça n’empêche pas de sur-développer son égo pour jouer une sorte de Freddy Mercury à la française. Ça pourrait s'avérer lourd à la longue mais sur un concert court assis dans des sièges de cinéma ça passe plutôt bien.
Enfin arrive Didier, la star de la soirée, qui ne semble pas plus affecté que ça de jouer après ces poètes. Il nous met tout de suite dans l'ambiance en accrochant sa guitare avec un rouleau de gros scotch. Là encore un show tout ce qu'il y a de plus honnête, des tentatives de chansons entrecoupés de sketchs d'un goût douteux et d'agressions d'enfants, de noirs, de mecs avec du gel, de photographes, ou encore de membres de son équipe technique. Il n'hésite pas non plus à pratiquer ouvertement le play-back dès lors qu'on tombe dans les tubes éternels qu'il en a marre de se voir réclamer à chaque fois tel l'énorme Y en a des biens. Cela dit il nous montrera toute l'ampleur de son engagement en terminant son concert dans la rue avec plusieurs inédits, il prendra tout de même la peine de préciser aux passants qu'ils n'ont pas le droit de rester écouter parce qu'ils n'ont pas payé. Le genre d'artiste trop rare dans notre pays !

samedi 13 octobre 2012

Tout ce que je fais est kaléidoscope

Histoire de rester dans le joyeux de l'article précédent, je suis venu te parler des Pirouettes, que j'avais découverts à Berlin lors du festival Down By The River et qui avaient fait une forte impression. Malgré la durée assez courte de leur concert (quand ils avaient annoncé leur dernière chanson, le speaker leur avait annoncé "mais non, vous pouvez encore en jouer 3") et l'aspect relativement loisir d'un groupe qui semblait parfois plus faire mumuse avec des bruits électroniques, on se sentait tout de même bien intégrés à la fête.

Le couple a sorti son premier EP le 8 octobre dernier, 4 chansons, de la guimauve et du cliché à rabord, peut-être, mais j'ai quand même envie de demander "et alors ? ça t'embête ?".
Le matin l'été indien est prévisible à souhait : des centaines de chansons françaises ont déjà été écrites sur des histoires d'amour naissantes, avec à chaque fois les même ficelles, là il y a plus d’électronique, ça sonne plus 2012, en gros c'est pas nouveau mais c'est chouette.
Le groupe nous parle encore d'amour sur Danser dans les boîtes de nuit, le titre le plus surprenant des 4 (avec du sample de Star Wars dedans), et surtout avec Hortensia Summer, ici c'est celui de nos étés adolescents, où l'on boit trop tous les soirs, on parle à n'importe qui et on rentre tard en ruminant ses pensées. Et puis il y a cette subtilité du groupe, qui utilise la consonance Summer/se meure(nt), mais se contente d'en faire une ligne de texte, là où d'autres (Julien Doré pour ne pas citer d'exemples) en font toute une chansonette.

Enfin, moi c'est surtout Autoroute/Opéra que je trouve frais et délicat à souhait, même si on se doute que le texte tiens plus de la vision romantique imaginaire de Paris que de l'expérience réelle : les 2 jeunes gens sont à peine majeurs et parlent de conduire dans une ville dans laquelle au moins l'un des 2 n'a pas du passer tant d'années. Mais au fond c'est sucré, ça sonne, ça va même jusqu'à nous rajeunir, et ça reste en tête.

Cet EP est un remède plein de vitalité à tous les maux possibles de ce début d'automne, avec lui, finis le cœur malade et le nez bouché, tu écoutes ces 4 chansons toutes douces et tu retournes conter fleurette !

dimanche 23 septembre 2012

I'm by your side if you need to cry





Mon article du jour sera un grand merde à la face de la joie de vivre et je vais donc chroniquer 2 albums qui sont/se devraient d'être bien déprimants.


Je commence avec Why ?, comme il nous le montre depuis pas mal de disques, Yoni Wolf n'est pas typiquement le mec le plus heureux au monde. Sauf qu'avec l'EP Sod In The Seed, on commençait à se dire qu'il allait un peu mieux. Bien sur la chanson-titre et Shag Carpet ne tranchaient pas franchement avec ce à quoi le groupe nous avait habitué, se contentant d'être un poil plus joyeuses, mais au milieu, on avait 4 titres très courts qui donnaient beaucoup plus le sourire, je ne citerais que Twenty Seven, qui est d'ores et déjà devenu un de mes titres préférés du groupe (t'ai-je déjà fait part de ma passion pour les chansons de moins de 2 minutes ?).

En ce qui concerne l'album, c'est une semi-déception : on se situe quelque part entre Sod In The Seed et les disques précédents, mais il lui manque à mes yeux ces rythmiques totalement erratiques qui m'avaient fait adorer Eskimo Snow, les mêmes qui m'ont fait succomber à Twenty Seven.
L'écoute est beaucoup plus douce que d'habitude : des rythmes plus fluides, la voix de Yoni Wolf se fait plus mélodieuse, et pour parachever l'aspect plus sucré de l'album, une touche féminine ajoutée en la personne de Liz Hodson, femme de Josiah Wolf.
En bref, si ce que tu cherchais sur un album de Why ? c'était comme moi une sorte de mal-être bégayant qui transpirait par tous les pores de la musique, tu ne seras pas totalement convaincu. Mais si tu apprécies les bons disques il devrait te plaire quand même.

Ok, alors je te vois venir "sérieux ? mais comme à chaque fois le type il t'annonce un truc en intro et après il te parle de tout autre chose" et comme je suis à ton écoute lecteur, tu vas avoir droit à du vrai groupe réellement hardcore dans la dépression ! J'ai nommé Extra Life.

Ça me semble impensable de te parler du groupe sans commencer par évoquer la manière dont je les ai découverts. 
C'était un concert au Lieu Unique à Nantes dont j'avais eu vent au travers des pages de Wik, l'hebdomadaire culturel gratuit nantais, auquel je n'ai pas trouvé d'équivalents ailleurs. Je ne me souviens plus comment le groupe était décrit, toujours est-il que c'était pendant un week-end en fin d'année, et que j'avais déjà prévu d'aller boire à l'excès à 2 pas du LU.
Alors il faut remettre dans le contexte : j'abordais mon dernier mois de prépa en sachant déjà qu'ils allaient me jeter à la fin de l'année, j'étais par conséquent assez incertain à propos de mon avenir, et pour rajouter une ombre au tableau, le FC Nantes venait ce soir là de descendre officiellement en Ligue 2 après une défaite lamentable contre Sochaux (bien que mathématiquement il pouvaient se maintenir en en collant 20 à Auxerre et en espérant des défaites de tous les autres concurrents).
Autant dire que j'étais déjà suffisamment sensibilisé pour apprécier, et puis surtout, j'étais plutôt ivre et je me retrouvais confronté, avec du retard et sans préparation au grand projet des ingés son du LU qui consiste à empêcher toute sociabilisation les soirs de concert, il faut poser les bases : la partie bar/restaurant du LU est relativement spacieuse, mais le son est réglé tellement fort lors des concerts, que même dans les toilettes en sous-sol il est difficile d'avoir une conversation avec qui que ce soit. Concrètement, on en prend plein la tronche.

Verdict de ce concert : Extra Life et moi c'était devenu en très peu de temps une grande histoire d'amour. Sauf que l'alcool et le temps n'aidant pas, l'histoire s'était finalement avérée plus proche d'un amour de vacances à qui tu oublies d'écrire.
Oui mais voilà, les retrouvailles fortuites ont eu lieu quand j'ai appris l'existence de Dream Seeds : leur nouvel album sorti il y a quelques mois.
Et l'amour est revenu tout de suite : grâce aux alternances des passages médiévaux et bruitistes (l'introduction No Dreams Tonight et Righteous Seed), le maniérisme vocal digne d'un Morrissey de la grande époque (flagrant sur First Song, sur laquelle je reviendrais), et puis cette capacité à faire de longue piste qui jouent à fond la carte de l'ascenseur émotionnel.

L'album pour moi peut être résumé par le remarquable diptyque Little One-First Song.
Le premier titre est une description des difficultés inhérentes à la condition masculine en 2012 : devoir afficher sa sensibilité mais pas trop, réussir à être un séducteur indifférent avec au ventre la peur de souffrir et surtout de faire souffrir. Un morceau très émotionnant à ne pas forcément écouter debout sur le rebord de la fenêtre, avec un couteau pour se tailler les veines dans une main et une quantité trop importante de médicaments dans l'autre.
En comparaison First Song c'est le moment ou tu ressors la tête de la baignoire : je parlais de Morrissey, alors il faut imaginer un univers parallèle où ce très cher Steven aurait eu une sorte de flash en quatre couleurs et débarquerait en studio en gueulant "putain ! aujourd'hui Mike je te préviens, t'as intérêt à taper vraiment sur tes fûts, faudrait pas qu'on nous prenne pour des tapettes ! et toi Johnny, tu vois tes arpèges ? tu les prends tu te les fous dans le cul bien profond, tu mets tous les boutons de ton ampli à fond et tu nous joue un putain de morceau bordel !"
Ces 2 titres divisent parfaitement l'album entre la première partie de 3 titres qui pose les bases du groupe, et le final qui en 2 morceaux va taquiner la demi-heure avec force explosions qu'un groupe post-rock ne renierait probablement pas.

Clairement l'un des disques les plus puissants musicalement et émotionnellement de cette année.

Alors toi aussi, assume ta dépressivité avancée en écoutant Dream Seeds. Tu passeras à la maison, on boira des alcools forts et on terminera en se pleurant sur les épaules les uns des autres !